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Reconstruction de Haïti: Le compte à rebours commence


Près de trois semaines après le séisme qui a détruit une grande partie des principales villes de Haïti, plus de 10 milliards de dollars sont nécessaires dans les dix prochaines années pour la reconstruction progressive du pays. D’où l’appel à plus de solidarité de la communauté internationale.


«Nous souhaitons que nos dirigeants ainsi que la communauté internationale qui veut nous aider dans la reconstruction du pays, intègrent la question de la décentralisation par la mise en place, dans chaque département, de structures et d’infrastructures nécessaires aidant à l’amélioration de la qualité la vie des gens : emplois, écoles allant du préscolaire à l’université, institutions autonomes pour la gestion des biens de l’Etat, proximité des services de l’Etat en faveur des citoyens, promotion d’investissements publics et privés, construction de routes, de ports et d’aéroports ; ceci dans tous les départements et compte tenu des modèles de développement qui cadrent à nos réalités haïtiennes et qui répondent aux exigences scientifiques de notre temps» lit-on dans un message rendu public le 25 janvier dernier et signé de Mgr Guy Poulard, évêque des Cayes en Haïti. Cette déclaration du presbyterium de ce diocèse pose la problématique de la reconstruction de ce pays ruiné par le séisme du 12 janvier dernier. Il a laissé Haïti, et principalement la ville de Port-au-Prince, dans un état lamentable de désolation, de ruine et de souffrance. Il y a eu des centaines de milliers de morts; un nombre important de personnes disparues, des habitations modestes ou imposantes ont été détruites; d’importantes institutions de l’Etat ont été écrasées, nombreux sont les édifices ecclésiales qui ont été anéantis ou du moins gravement endommagés par le séisme.
Selon le nonce apostolique en Haïti, Mgr Bernardito Auza, Port-au-Prince a été entièrement dévasté. La cathédrale, l’archevêché, toutes les grandes églises, tous les séminaires sont réduits en un amas de gravats. Des centaines de séminaristes et de prêtres seraient sous les décombres. Le Cifor, l’institut d’études pour les religieux et les religieuses, s’est effondré. Un coup dur à l’Eglise catholique haïtienne qui mettra certainement beaucoup  de temps à se relever. Devant la désolation générale et la tentation du découragement et de la consternation, les gestes de solidarité entre Haïtiens et l’heureuse mobilisation de la communauté internationale apportent un réconfort, nourri par des messages d’espérance et d’engagement responsable, en vue de reconstruire cette patrie devenue méconnaissable. Le lundi 25 janvier, une douzaine de pays réunis à Montréal se sont engagés à travailler pendant au moins 10 ans à la reconstruction d’Haïti, dans le plein respect de sa souveraineté. La conférence ministérielle d’une journée a permis au Groupe des amis d’Haïti, en collaboration avec le gouvernement Préval, de coucher sur papier les principes et objectifs qui les guideront dans la «construction d’un pays nouveau». Il s’agit d’une première étape majeure avant la conférence internationale élargie, qui aura probablement lieu au siège des Nations unies à New York, en mars prochain. «Nous resterons solidaires d’Haïti à long terme, peut-on lire dans la déclaration finale. Un engagement initial de 10 ans est essentiel, de même que des efforts concertés, afin de renforcer les capacités de l’État haïtien».  La rencontre de Montréal s’est conclue sur le slogan: 10 milliards de dollars à échelonner sur 10 ans pour aider Haïti à  se  rebâtir progressivement. Pour que cette aide soit efficace, il faut «une convergence sur le plan international» et «une coordination interne» pour en assurer le contrôle, ce qui passe par le renforcement de l’autorité centrale en Haïti. L’envoyé spécial adjoint de l’Onu pour Haïti, Paul Farmer, a affirmé devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain que 75% de Port-au-Prince devait être reconstruit. La reconstruction du port, endommagé par le séisme et les répliques, pourrait nécessiter huit à dix semaines, selon le ministère américain de la Défense.Les dons, promis ou déjà collectés, atteignaient jeudi 28 janvier 2,02 milliards de dollars (1,45 milliard d’euros), selon un décompte des Nations unies. Sur cette somme, 1,189 milliard de dollars ont été collectés par les agences et organisations d’aide humanitaire, tandis que 830 millions de dollars sont encore à l’état de promesses. Ces dons proviennent de centaines d’Etats, organisations non gouvernementales, fondations, entreprises ou particuliers. Le chef de la diplomatie brésilienne, Celso Amorim, a estimé au cours du même débat qu’un programme massif devait être mis en œuvre pour replanter des arbres en Haïti, et lutter ainsi contre les glissements de terrain. On parle aussi de répartition des chantiers: la France se serait offerte pour reconstruire le Palais National; Taiwan aurait un projet de construction de 1600 logements; et certainement d’autres engagements suivront…
Si du côté des principales institutions de l’Etat et des services publiques il existe des projets et engagements en vue de la reconstruction, la situation des nombreuses populations restées sans abris n’a encore aucune réponse claire.
L’Église catholique s’active par l’intermédiaire de ses institutions caritatives pour répondre aux besoins les plus immédiats de la population». De fait, les institutions d’aide de l’Eglise comme la Caritas, la Catholic Relief Service, le Secours Catholique, l’Aide à l’Eglise en détresse, etc., se sont mobilisées pour  apporter leur part de secours et d’assistance aux victimes. 
Pour la reconstruction des Eglises et autres institutions catholiques, on ne pourra pas beaucoup compter sur les aides des gouvernements ou des Ong, mais beaucoup plus sur la solidarité des Eglises sœurs. A ce sujet, il semble que la Conférence épiscopales américaine se soit déjà offerte pour reconstruire l’archevêché et la Cathédrale de Port-au-Prince.
La route sera longue, elle sera dure, mais la charité et la solidarité de tous seront aussi un signe de foi, un témoignage vivant, capable de rendre forte une Eglise humainement et institutionnellement affaiblie. Et comme l’a déclaré Mgr  Poulard, évêque des Cayes en Haïti: «L’épreuve est rude, des personnes sont mortes, d’autres sont portées disparues, des maisons sont détruites. Des édifices publics de l’Etat et de l’Eglise se sont écroulés. Mais, nous sommes là, bien vivants. Tenons le flambeau de l’espérance allumé!»
Alain Sessou

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