Journée mondiale de la vie consacrée
La vie communautaire, une école d’espérance
Célébrée chaque année le 2 février en la fête de la Présentation du Seigneur, la journée mondiale de la Vie consacrée fait redécouvrir à l’église universelle la dimension essentiellement charismatique de sa mission. Les religieux (ses) sont le signe prophétique du royaume qui définit le caractère relationnel de leur consécration au Christ pauvre, chaste et obéissant..
Souvent évoquée dans la formation des futurs religieux ou dans l’entre-deux d’une récollection ou d’une rencontre, la vie communautaire est cependant le «milieu ecclésial» qui résume en son contenu l’essentiel des trois vœux. Elle influence de part en part les trois vœux que sont la pauvreté, la chasteté et l’obéissance au point que l’on pourrait se poser aujourd’hui la question de savoir si elle n’est pas le tout premier vœu ou le 4e qui, se mettant en retrait, projette son éclairage sur les trois autres vœux.
A la vérité, les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance ne sont «pleinement» vécus que si la communauté est perçue à la fois par le religieux ou la religieuse comme le lieu de la maturation de son identité et celui de sa configuration au Christ. Si les vœux sont prononcés au cours d’une célébration, c’est pour être vécus dans une communauté.
Or l’essence des relations entre les humains n’est pas d’abord la communauté comme on pourrait le penser mais le conflit. L’être le plus solitaire au monde qui se retrouve dans un désert ou sur une île inhabitée est un étranger à sa propre personne et entre en conflit avec ses propres désirs. Sa vie intérieure est le lieu d’un conflit irréductible. A fortiori, plusieurs personnes sont appelées (et non condamnées) à vivre en communauté à la suite du Christ.
On comprend alors que le paysage de la vie communautaire dans le rang des consacrés prenne la couleur des saisons qui sont ici les humeurs des uns et des autres. Et pourtant, parler d’«âme consacrée» et non de «corps consacré», c’est évoquer ce principe, source de la vie, du mouvement et de l’être. Parler d’«âme consacrée», c’est relever le signe lumineux que portent les religieux et qui se met en tension pour faire advenir la réalité qu’est le royaume de Dieu. Le signe n’est donc pas la réalité, il se met en tension pour l’annoncer à travers une cohérence qui finit par le faire d’abord coïncider avec cette réalité avant de se faire enrichir par elle. Ce signe porteur de vie ne peut remplir une telle mission que si, au départ, il est perçu par les membres de la communauté, accueilli ensuite par eux pour les illuminer en vue de sa manifestation concrète aux hommes
La richesse des charismes que l’église ne fait qu’apprécier dans le paysage de la vie consacrée ne portera beaucoup de fruits que si ces charismes sont entretenus dans ce jardin intime des religieux qu’est la vie communautaire.
Pour y arriver, il va falloir non seulement mettre l’accent sur la prière mais aussi et surtout sur le témoignage de vie dans la communauté. Car si souvent et très souvent, les prières et les rencontres communautaires sont «assurées», parfois par acquit de conscience (ce n’est pas un jugement mais un constat), le témoignage de vie qui devrait en être la conséquence immédiate ne suit pas toujours.
Le paysage de la vie communautaire, pour être plus verdoyant, exige que l’ivraie qui y pousse soit identifiée et arrachée à temps.
L’infantilisation excessive des jeunes profès au point de les abêtir, la stratification de la communauté sur la base du critère réducteur des vœux perpétuels vus à tort comme une promotion et non comme un appel à une configuration plus forte au Christ, les conflits de responsabilité et parfois ethniques, les clichés qui sont portés d’une communauté à une autre pour «étiqueter» certains membres, l’hypocrisie souriante des uns suscitée par le caractère autoritaire des autres, le mensonge «pieux» pour ne pas dire tactique, la diffamation gratuite, l’indiscrétion légendaire qui porte à croire que certaines communautés ne disposent pas de clôture qui délimite leur résidence, le silence stratégique lors des rencontres périodiques, le désir de s’ouvrir et la crainte de ne pas se faire comprendre, les conflits de génération avec les écarts de langage qui en découlent de chaque côté, etc.
Dans certaines communautés, le responsable, présent mais effacé, s’affirme par son humilité; dans d’autres, les intonations de voix font vite reconnaître qui est le responsable, non pas qui «répond au nom de» la vie des membres de la communauté mais qui leur «donne des ordres» pour leur faire sentir son pouvoir. Dans d’autres encore, ce sont les membres de la communauté qui abusent du caractère silencieux et amorphe du responsable pour s’initier à une autorité non conférée juridiquement mais exercée délibérément.
Etre responsable de communauté, ce n’est pas détenir un pouvoir de vie et de mort sur les autres membres de la communauté et ne pas être responsable, ce n’est pas choisir délibérément de se rendre à tout instant sur un front conflictuel avec celui qui répond au nom de la communauté.
Si dans la vie conjugale, les époux se choisissent, dans la vie consacrée, les religieux s’acceptent pour ne pas dire se supportent.
Mais jusqu’où va l’acceptation de l’autre surtout lorsque l’on sait que chaque membre de la communauté est porté dans son enfance par un héritage culturel pétris d’un projet éducatif qui pourrait varier d’un milieu polygame à une famille monogame, d’une vie dans l’opulence à celle d’une misère noire, d’un milieu princier à celui d’une soumission totale?
Comment faire comprendre par exemple au noviciat la spiritualité du partage fraternel à un futur religieux qui dans son enfance a vécu dans une atmosphère familiale profondément marquée par le décor de la polygamie où chaque femme avait à donner à manger à son enfant en cachette et donc à l’insu des autres femmes de la maison? Comment comprendre que si souvent chaque membre porte en lui un fond religieux, la communauté à laquelle il appartient offre parfois à l’église et au monde l’image d’un scandale «pieux» ? L’avenir de l’église se joue sur le terrain de la vie communautaire des consacrés.
Un terrain qui se situe à l’embranchement de deux chemins : celui de Damas où l’on apprend à se dépouiller de tout, y compris de ses assurances matérielle, physique, relationnelle, physique, familiale et celui d’Emmaüs où le compagnonnage avec le Christ sur les routes de la vie communautaire dessille les yeux de chair et fait découvrir la grande richesse de l’être-ensemble à travers les charismes et les limites des uns et des autres.
Abbé Cyriaque Guédé
Djougou
Faire un vœu
Faire un vœu, c’est promettre d’accomplir volontairement un acte non imposé, pour faire plaisir à quelqu’un. Toutes les religions ont connu des vœux faits envers la divinité. L’Ancien Testament connaît cette pratique, et l’obligation d’accomplir ce qui a été promis à Dieu y est largement soulignée (Deutéronome 23, 22).
Jésus condamne ceux qui, sous prétexte de vœux, se soustraient à ce qui est de la loi commune (Mc 7, 9-13) mais ne dit rien de la légitimité des vœux. Nous savons que saint Paul a prononcé un vœu (Ac 18,18) mais nous en ignorons la nature.
Dans le vocabulaire chrétien, le mot «vœux» signifie généralement quelque chose de plus spécifique que ces promesses que, de tous temps, des hommes et des femmes ont faites à Dieu : ce qu’on appelle des vœux, correspond à l’engagement de certains chrétiens à «suivre le Christ» et à lui ressembler en étant comme lui pauvres, obéissants et chastes.
A vrai dire, tous les chrétiens sont invités fermement par le Christ à être pauvres, obéissants et chastes, mais les vœux sont la réponse à un appel à être plus totalement pauvre et obéissant, et à être célibataire.
Cette manière de vivre la chasteté, la pauvreté et l’obéissance est un don de Dieu qui n’est pas fait à tous.
Par contre ce charisme est donné à certains pour que tous puissent y voir un signe de l’appel de Dieu à chacun à être généreux, à s’oublier dans la relation conjugale et dans la relation à l’autre, à ne pas abuser du pouvoir.
Ces charismes sont donnés pour être signes d’un monde futur où ni l’argent, ni le pouvoir, ni l’affectivité, ni la sexualité, n’exerceront plus leur influence dans ce qu’elle peut avoir de destructeur et de violent.
CG
La chronique de l’Abbé Cyriaque
La vie consacrée
Dès les origines du christianisme, on voit des hommes et des femmes s’efforcer de suivre au plus près l’exemple et l’enseignement du Christ sur la pauvreté, la chasteté et la virginité (Mt 19, 10-12 et 16-24). Saint Paul, qui donne lui-même un témoignage personnel vivant à ce sujet, s’étend sur ce point dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, chapitre 7.
Les Actes des Apôtres font état des filles du diacre Philippe, vierges et prophétesses (Actes 21, 8-9).
Aux 2e et 3e siècles, les témoignages à propos du choix de la voie de l’ascétisme et de la chasteté se multiplient. Les vierges consacrées à Dieu sont encouragées à la pauvreté, à la visite des pauvres et des malades, à la méditation de l’Ecriture Sainte. Sans vivre en communauté, elles se rassemblent de temps à autres.
Au 3e siècle, on en voit prendre un engagement, au moins temporaire.
Une spiritualité de la virginité s’élabore, qui place celle-ci dans le prolongement du baptême et la perspective d’une restauration de l’état antérieur à la chute originelle.
Le thème des épousailles avec le Christ se fait jour. Etre consacré, c’est appartenir d’une manière spéciale à Jésus Christ. Cette appartenance s’instaure invisiblement par l’action de l’Esprit Saint, et visiblement par le sacrement de baptême qui doit être considéré comme la consécration fondamentale n’appelant aucun supplément.
En acceptant cette consécration, le baptisé ratifie le projet de Dieu de s’unir à chaque homme comme un époux s’unit à son épouse, selon une image courante dans la Bible. Il se donne à son tour totalement à Dieu aimé par dessus tout.
Il s’engage à vivre en Eglise , à travailler pour elle et en elle pour le monde. Il annonce ainsi que ce monde-ci est appelé à se transformer selon l’esprit des Béatitudes proclamées par Jésus.
Il est enfin le témoin d’un monde à venir promis par Jésus, un monde que l’effort de l’homme ne peut atteindre que de la seule grâce de Dieu.
Abbé Cyriaque Guédé