Création de la paroisse de Covè:
100 ans de grâce
Après un triduum préparatoire fait de messe, chemin de croix et causeries, Covè a célébré, le dimanche 14 février 2010, le centenaire de sa création au cours d’une messe présidée par Mgr Clet Fèliho, évêque de Kandi, et concélébrée par une vingtaine de prêtres. Une cérémonie simple empreinte de symbolisme.
Dimanche 14 février. 12h20. Mgr Clet Fèliho vient de dire la prière post-communion. Avec tous les pères concélébrants, il se dirige en procession vers la porte d’entrée centrale de l’église. Entouré par une couronne de 20 prêtres, il se recueille un instant devant la porte centrale fermée de l’église Notre-Dame de lourdes de Covè. Tenant en main une grande croix métallique, il trace sur la porte à trois reprises le signe de la Croix en criant : «ouvre-toi porte de salut !» Puis avec la force que lui confère son âge, il pousse avec la croix les battants centraux de cette lourde porte en bois épais. Les battants s’ouvrent et laissent entrer le prélat. Il encense l’entrée de la nef centrale.
Ce rituel d’ouverture de la porte du jubilé évoque le passage que tout chrétien est appelé à effectuer du péché à la grâce. Il n’y a qu’une seule porte qui ouvre toute grande l’entrée dans la vie de communion avec Dieu, et cette porte, c’est Jésus, chemin unique et absolu de salut. «C’est ici la porte du Seigneur: qu’ils entrent, les justes!» dit le Psaume 177, 20. L’indication de la porte rappelle la responsabilité qu’a tout croyant d’en franchir le seuil.
Mgr Clet traverse ensuite l’allée de la nef centrale jusqu’au chœur, suivi d’une procession de prêtres et de 27 membres délégués des communautés ecclésiales de base (Ceb) de Covè. Ensuite les membres délégués se dirigent vers la statue de la Vierge Notre-Dame de Lourdes. Ils déposent chacun à ses pieds un cierge allumé, signe du flambeau de la foi qui brillera dans leur communauté respective tout au long de cette année jubilaire et bien au-delà.
Mgr Clet avec toute sa suite, vient ainsi de franchir la porte du jubilé des cent ans de la création de cette église. Une imposante battisse en pierre granitique qui domine de sa tour la ville de Covè. Cette église qui respire la proportion et l’harmonie, a une fière allure. Elle a accueilli une foule de fidèles tour à tour recueillie et bourdonnante au gré des moments significatifs de la cérémonie.
Au début de la célébration eucharistique, 27 membres issus des 9 Ceb que compte la paroisse ont été envoyés en mission. Le rituel commence par la procession de l’Evangéliaire tenu élevé par le diacre qui le remet au père Hyacinthe Agbihounko, vicaire général d’Abomey et natif de Covè. Devant l’autel, tourné vers la foule le vicaire général présente l’Evangéliaire à la foule et la bénit avec. Une vague d’émotion recueillie traverse l’Eglise. Alors s’avance le groupe des membres délégués habillés en tee-shirt jaune ou blanc frappé de l’effigie du père Kiti, bâtisseur de cette Eglise. Ils se disposent au pied du chœur. Chacun reçoit de la main du vicaire général une bible pour aller annoncer la Bonne Nouvelle du Salut à la suite des missionnaires. C’est ce à quoi invite Mgr Clet dans son homélie : «les missionnaires nous ont transmis le flambeau de la foi que nous avons mission de communiquer non seulement à notre génération, mais encore aux êtres futurs». A partir d’un raccourci historique de l’Evangélisation de Covè, l’évêque de Kandi appelle chacun à un esprit d’abnégation et d’amour et à une vie de fidélité à la parole de Dieu à l’instar des missionnaires.
Une collecte de fonds appelé zindo a clôturé la cérémonie. Elle a suscité l’enthousiasme de la foule, surtout des enfants venus nombreux à cette action de grâce au point que nombre d’entre eux ont trouvé place sur les marches latérales de l’autel. De ce monde d’enfants trépidants fusent des applaudissements à la mesure des dons annoncés : un tapotement coupé pour 500 Fcfa, un tapotement entier pour 1.000 Fcfa, deux tapotements pour 2.000 F cfa, une pluie d’applaudissements pour 5.000Fcfa et plus.
La fête a continué par les réjouissances populaires et le partage du pain et de l’eau de la fraternité. Un frémissement de fierté et d’enthousiaste parcourt cette foule de fidèles heureux de communier à la joie et à la beauté qu’exhale cette église désormais centenaire.
Abbé Serge Bidouzo
Prêtres et
religieuses de Covè
Julien Ayatomey, Augustin Tossa, Joseph Zadji, Bruno Tchogninou, Ferdinand Abley, André Fassinou, Benoît Goudoté, Hyacinthe Agbihounko, Bruno Amanongbé, Vincent Nouhoui, Jules Doganou, Maurice Yélomè, Clotaire Boko, Guy Robert Kokouvi,Télesphore Abley, Philippe Déguénon, Joachim Aholoukpè, Valère Aguénawa, Désiré Djogui, Félix Tossou, Pierre-Paul Misséhoungbé, Charles Allabi, Martin Gnacadja, Jérôme Boko, Théodore Houehou, Martin Djègbatè, Edouard Aimadé, Juste Yèlouassi et Parfait Sinou. De nombreux prêtres originaires de Covè et environs appartiennent à d’autres diocèses du Bénin et dans le monde ou à de nombreux instituts religieux.
La première religieuse native de Covè fut Marie Colette Ahondokpè ; après elle les soeurs Elisabeth Hègnito, Marie Eléonore Zadji, Madeleine Boko, Marie Augustine Alitonou, Dorothée Dossou, Jeanne Dannon, Françoise Déguénon, Clémence Dovonon, Adelaïde Ahossi, Annick Ahondokpè, Saturnine Dadjo, Esther Ahondokpè, Laetitia Ekanmian, Eulalie Abley, Albertine Songbé, Rose Emmanuel Aguè. Cette liste n’est pas exhaustive. Covè, mère de milliers, réjouis-toi car tu dois tout ceci à la grâce de Celui qui t’aime d’un amour de prédilection.
Temps de grâce et de responsabilité face à l’histoire
Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur ! Elle sait rendre grâce, l’âme qui se laisse envahir par la grâce de Dieu. Ainsi toute la communauté Notre-Dame de Lourdes de Covè, comme une seule âme, jubile et bénit Dieu pour le don de la Bonne Nouvelle du salut, reçu il y a un siècle. Quelle merveille!
Aujourd’hui et plus que jamais, Covè rend grâce. Sa joie laisse retentir aux oreilles de nos cœurs l’écho de la Bonne Nouvelle de la rédemption. Comment ne pas célébrer le souvenir d’un tel événement, ne pas se souvenir de ces jours où, sous la divine inspiration, des instruments efficaces et efficients entre les mains du Saint-Esprit, ces hommes à barbes longues et blanches aux cheveux courts ont repris l’ensemencement de l’Evangile de vie?. C’étaient des amoureux du Christ, missionnaires de la grande famille Sma pour l’Afrique, des assoiffés d’âmes à sauver, des ouvriers de l’Evangile.
Ils aimaient l’Afrique et y venaient sans perdre cœur, déjà aux 17e et 18e siècles de notre ère. Le Père Camille Bel, un saint prêtre dans l’acception du mot, était au nombre de ces missionnaires.
Vers la fin du 18e siècle il venait de Zangnanado dont Covè était une station, pour évangéliser la petite communauté de Covè, terre fortement animiste mais aujourd’hui grande paroisse centenaire. Les statuts juridiques d’une paroisse furent donnés à la paroisse de Covè en 1910 alors qu’il avait pour curé fondateur le Père Camille Bel, qui résidait à Zangnanado.
Or, si le Seigneur ne bâtit la maison, c’est en vain que travaillent les bâtisseurs, disait le psalmiste. C’est ainsi que le Père Gabriel Kiti, lui aussi amoureux du Christ et de son Eglise, homme de caractère, fut envoyé comme premier curé résident de la grosse agglomération de Covè en 1933. Il laissa son empreinte dans la communauté qui dès lors fut construite solidement dans la foi. Il y donna son premier baptême le 25 septembre 1933.
Mais Dieu n’arrête jamais l’œuvre de ses mains, sa grâce a surabondé sur cette terre foncièrement enracinée dans la pratique païenne. Ainsi il conduit l’histoire de Covè en se servant de nombreux et passionnés pasteurs dont la plupart des tout premiers étaient des rangs des premiers prêtres Dahoméens. Notre Dame de Covè est d’une grande âme parce qu’elle a rencontré et connu de grands et saints prêtres. Parmi les plus récents, nous pouvons inscrire, selon le premier baptême qu’ils avaient solennellement célébré, les pères Augustin Tossa: 1964-1987, Laurent Ahokpè: 1988-1999, David Batto : 2000-2006 et le tout dernier, lui un petit-fils de covè, curé bâtisseur des âmes et des églises, destiné à construire sa paroisse maternelle, Pierre Chrysologue Gaga. Il y œuvrait, depuis le 1er octobre 2006 et a fait célébrer tous les évènements importants dans la vie et l’histoire de la paroisse. Covè, une terre féconde pour l’Evangile où la grâce n’est pas restée stérile, des fruits, elle en a produit plusieurs.
Le premier baptême solennel, selon le registre LI, y a été donné à Félix Montédé Codjonko né à Zogba, il fut célébré à Covè par le Père Camille Bel, le 20 février 1910. Ce baptême semble être les prémices de la nouvelle paroisse.
La communauté de Covè, comme un arbre, a poussé plusieurs branches: des couples chrétiens dont la plupart ont fêté leurs noces d’or, le Père Julien Ayatomey, le premier d’une multitude de prêtres natifs de Covè.
Jubilé, temps de grâce et de fête mais aussi heure de responsabilité, face à l’histoire.
Car, vieillissant, elle doit fructifier pour donner sa jeunesse dans la mission. Hier appelée à accueillir la Bonne Nouvelle, elle doit s’ouvrir aujourd’hui à la mission d’évangélisation et à l’apostolat de témoignage, porter les paroisses, ses filles de Naogon, de Banamè, et engendrer d’autres pour la gloire de Dieu et le salut des âmes dans le pays Agonlin et Wogoudo, au Bénin, en Afrique et de par le monde.
Père Désiré Attinkoukou
Notre-Dame de Lourdes de Covè