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LETTRE n°5 AUX PRESIDENTIABLES de 2011

La question de l’agriculture


Chers présidents potentiels de 2011, cette 5e lettre que nous vous adressons porte sur la question de l’Agriculture. Une question, vous en conviendrez certainement avec nous, dont l’importance, la gravité et la complexité sont si évidentes, si manifestes qu’il serait inutile d’en faire la démonstration. Des statistiques existent à profusion pour indiquer la place centrale qu’occupe l’agriculture pour l’économie et les citoyens béninois. Selon les chiffres disponibles aujourd’hui, le secteur agricole, en général, compterait pour environ 39% du PIB, contribuerait à près de 80% des recettes d’exportations et 70% des emplois, avec environ 400 000 exploitations, généralement de petites tailles.

Un secteur en difficulté
malgré les nombreuses
actions entreprises
Par conséquent, il est tout à fait compréhensible que, de l’indépendance du Bénin jusqu’à ce jour, le secteur agricole soit celui où les différents gouvernants qui se sont succédé ont essayé toutes sortes d’initiatives. C’est probablement le secteur où le nombre de sigles et d’acronymes désignant des projets ou programmes mis en œuvre pour le développement de tel ou tel autre de ses sous-secteurs est le plus élevé dans notre pays. Mieux, à chaque fois qu’il s’est agi de trouver des solutions au problème que posent les sans-emplois, c’est à ce secteur que vos prédécesseurs ont le plus souvent pensé. Et pour cause!
Depuis 1960 jusqu’à maintenant, il est pourtant difficile de mettre en exergue les succès réalisés dans le secteur agricole, en dépit de la multitude de projets initiés et exécutés et des milliards de FCFA engloutis au passage. Lorsque les projets ne sont pas purement et simplement abandonnés, ce sont alors les jeunes qui ne sont pas suffisamment incités à préférer le « chemin de la terre », comme on disait à une certaine époque dans le pays, à la vie précaire en ville. Ou bien lorsque ce n’est pas le développement d’une nouvelle filière qui se solde par un échec cuisant, ou encore des cultures traditionnelles qui se caractérisent par des contre-performances fréquentes, alors ce sont des paysans qui se retrouvent avec des quantités excédentaires de récoltes (manioc ou autres produits vivriers, par exemple) sur les bras sans débouchés pour les écouler etc.
Pire, Messieurs, vous n’êtes pas sans savoir que le taux de pauvreté demeure très élevé chez nos concitoyens vivant dans les milieux ruraux (environ 30%). Vous savez parfaitement que le paysan béninois n’a généralement pas les moyens de vivre décemment, par exemple les moyens de se soigner, d’assurer une éducation appropriée à sa progéniture et, parfois même, simplement de se nourrir. Vous savez certainement aussi que de 1960 à ce jour, aucun sous-secteur du secteur agricole n’a pu être développé et véritablement structuré, à l’exception du coton dont vous connaissez l’état peu enviable et les tribulations (voir la lettre n°4). Le Bénin continue d’importer des produits alimentaires, par exemple les produits maraîchers du Burkina Faso, pays qui, pourtant, a une situation climatique moins favorable que la nôtre.

… Et malgré les atouts
du Bénin
Or, comme vous le savez bien, chers probables présidents, notre cher pays ne manque pas d’atouts. Selon les statistiques disponibles, le Bénin disposerait de plus 6 millions d’hectares d’espaces aptes à l’agriculture dont à peine plus de 30% seraient actuellement exploités. Mieux, le pays bénéficierait d’un climat ainsi que d’une diversité des sols favorables à la diversification de la production agricole et susceptible de permettre l’autosatisfaction alimentaire. Et pourtant …
Comme vous pouvez le constater, chers président potentiels, les problèmes que pose le secteur agricole méritent des réponses plus claires et plus concrètes que celles proposées par vos prédécesseurs – et peut-être vous-mêmes - dans leurs documents de campagnes lors des élections passées. Pour nous convaincre et nous inciter à porter notre choix sur vous avec assurance, vous devrez être en mesure d’apporter des réponses à une multitude de questions dont seulement quelques-unes sont présentées ci-dessous.

Les questions aux
présidentiables
Premièrement, pouvez-vous nous aider à avoir une idée plus claire de ce qu’est l’état réel du secteur agricole national aujourd’hui, et ce qu’il est des statistiques indiquées plus haut ? Comment expliquez-vous qu’on en soit là malgré nos atouts et les moyens engloutis dans ce secteur depuis l’indépendance de notre cher pays ? Vous augmenteriez certainement notre confiance en votre candidature si vous étiez en mesure de nous expliquer pourquoi tous vos prédécesseurs, pratiquement sans exception, ont échoué dans leurs tentatives de développement de ce secteur (projets de retour à la terre, de développement d’un sous-secteur précis etc.) et, du coup, ce qui vous permet de penser que vous, qui que vous puissiez être, allez réussir.
Deuxièmement, vous savez aussi bien que nous, chers présidents potentiels, que le développement du secteur agricole, et plus particulièrement l’accroissement de l’espace exploité, ne peut se réaliser au Bénin sans la résolution, au moins partielle, de la question foncière. En attendant de revenir plus en détails sur cette question (qui fait partie des préoccupations exprimées par plusieurs de nos concitoyens ayant bien voulu nous envoyer des thèmes pour cette initiative des Lettres aux présidentiables), vous nous rassureriez déjà en nous expliquant comment, une fois que nous vous aurions choisi pour diriger ce pays, vous comptez appréhender la question foncière et faire mieux que vos prédécesseurs.
Troisièmement, chers présidents potentiels, comment pensez-vous inciter les paysans à produire davantage ? Par exemple, quelles sont vos options pour le règlement du problème de l’accès aux marchés (disons à l’échelle régionale) pour l’écoulement de leurs productions ? Comment pouvez-vous les aider à résoudre les problèmes relatifs à la mobilisation des crédits auprès des banques ? Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’opérer un choix entre, d’une part, notre confort à nous citadins (maintien des coûts bas pour les produits agricoles) et la possibilité pour les opérateurs économiques de continuer à profiter des opportunités du marché des produits importés (riz, blé etc.) et, d’autre part, le développement agricole ? Si oui, sachant que chacune de ces options présente ses avantages et ses inconvénients, quelle sera la vôtre ? Vous le savez très bien, chers présidents potentiels: de la réponse à des questions de ce genre dépendra la volonté des paysans de produire davantage.
Quatrièmement, pour s’en arrêter à ces quelques questions (la liste est loin d’être exhaustive), quelle est votre propre position par rapport à la modernisation du secteur ? Pensez-vous qu’il puisse être possible d’atteindre l’autosuffisance alimentaire et, même, d’aller au delà de manière durable en Afrique en sev passant de la modernisation (machines Ogm)? Cette question, apparemment paradoxale, se justifie pourtant dans la mesure où il y a des études, conduites par des institutions respectables, qui débouchent sur des conclusions telles que «Le chemin le plus sûr pour un développement durable de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en Afrique passe par l’utilisation de la technologie et des intrants localement disponibles».
Déjà, comment concevez-vous la modernisation de l’agriculture? Et comment pensez-vous favoriser cette modernisation? Etc.

Hounkpè Mathias
[Res Publica]

 

 

Lettre aux présidentiables de 2011
Suite  à  l’enthousiasme  qu’a  généré  la lettre adressée aux candidats à la présidentielle de 2011 sous la plume du politologue Mathias  Hounkpè, votre  hebdomadaire  La Croix du Bénin vous invite à lui faire part de vos préoccupations importantes pour enrichir par une  méthode  participative l’initiative  de la série de lettres  à adresser aux présidentiables de 2011.
Ecrivez-nous par tous les moyens (mails, Sms, Poste…) aux adresses suivantes :

01 BP  105 Cotonou, C/555 derrière l’église Saint Michel de Cotonou

E-mail : contact@lacroixdubenin.com
Tél. : 229 95 45 57 57 -  229 97 98 85 75

 

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