Remaniement ministériel
Le risque d’aggravation des problèmes
A moins de dix mois de l’élection présidentielle, Yayi forme un nouveau gouvernement sans avoir la garantie de régler tous les problèmes internes et externes à sa coalition.
Après plusieurs annonces et plusieurs reports, le président de la République a fini par remanier son gouvernement. Celui qui certainement le conduira aux prochaines élections présidentielles et législatives. Sur les trente postes ministériels, comme dans le précédent gouvernement, 22 des anciens ministres sont restés et huit nouvelles personnes font leur entrée.
Certains observateurs pensent qu’avec cette équipe, Boni Yayi a mis en place sa machine de guerre. A moins de dix mois de la présidentielle, cela peut paraître vrai: depuis bien longtemps en campagne électorale, le chef de l’Etat tente maintenant de mettre en place l’équipe qui va assurer sa réélection, lui permettant à la fois de régler les problèmes internes à sa coalition et de s’ouvrir à d’autres formations politiques qui lui étaient hostiles.
En analysant le nouveau gouvernement, quelques remarques s’imposent. D’abord tous les 22 anciens ministres ont gardé leur place à l’exception de Grégoire Akoffodji qui quitte le développement rural pour la justice. Yayi les a maintenus sans doute pour diverses raisons. De toute évidence, pour 2011, le chef de l’Etat croit à la capacité de mobilisation de certains de ces ministres. Le souci de garder une partie de l’électorat de la Renaissance du Bénin et du Madep, fut-elle infime, doit avoir milité en faveur du maintien au gouvernement de François Abiola et de Ganiou Soglo.
A ceux-là, il faut ajouter les fidèles des fidèles comme les deux ministres d’Etat Iréné Koupaki et Kogui N’Douro qui sont des hommes de dossiers. C’est donc de cette variété de profils qu’a besoin Yayi pour 2011. Et comme tous les anciens ministres ne répondaient pas à l’un ou l’autre de ces critères, le chef de l’Etat a dû se séparer de huit d’entre eux pour faire venir d’autres personnalités, à ses yeux beaucoup plus aptes à affronter avec lui la prochaine présidentielle.
Ainsi, Yayi fait rentrer dans son gouvernement trois personnalités qui ont créé leur propre parti politique ces derniers mois. Avec Madame Claudine Prudencio, Aké Natondé et Clément Dègbo, le président espère contrôler une grande partie de l’électorat de la région d’Agolin, d’Abomey Calavi et ses environs.
Dans le même temps, il cherche à régler des problèmes internes à sa coalition et à élargir celle-ci. Cependant, on peut se demander si ce remaniement ne va pas au contraire accentuer les tensions. En effet, étant tous deux de la même région et de l’alliance Force Cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), le député Janvier Yahouédéhou et Aké Natoné se sont toujours livrés une guerre de tranchées. En nommant Aké ministre de l’enseignement secondaire, de la formation technique et professionnelle, Yayi multiplie les leaders dans la région d’Agonlin. Et dans le cas ou tous deux seraient candidats pour la députation, il y a à craindre que le remaniement ne ravive la tension, sans compter les grincements de dents qui pourraient venir du côté de Roger Dovonou.
Par ailleurs, l’ouverture opérée par le président de la République en faisant rentrer dans son gouvernement Modeste Kérékou, membre actif de l’Upr de Issa Salifou, peut ne pas produire l’effet recherché par le chef de l’Etat. Ancien député, Modeste Kérékou ambitionne toujours d’être candidat aux élections législatives de 2011. Ce qui va induire des problèmes de positionnement sur les listes. L’Upr auquel appartient Modeste Kérékou ira-t-il aux législatives avec l’alliance Force Cauris pour un Bénin émergent? Auquel cas il risque d’y avoir de vives tensions au sujet de la tête de liste, d’autant plus que les militants de première heure ne voudront sans doute jamais que les têtes de listes leur soient discutées. Mais si l’Upr et l’alliance Fcbe font deux listes séparées, la conséquence immédiate sera l’émiettement des voix, puisque plusieurs leaders de la mouvance se disputeront un seul et même fief. En définitive, en remaniant son gouvernement dans la perspective de sa réélection en 2011, Boni risque d’avoir contribué à brouiller son entourage plus que d’en avoir résolu les problèmes.
Alain Sessou