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5 conseils pour survivre à la crise Icc et consorts


Personne ne sait encore exactement à combien se chiffre la vaste escroquerie organisée par les sociétés Icc Services et consorts. On parle de plus de 100 milliards de F CFA partis en fumée, et les victimes se compteraient par milliers. Des milliers de Béninois qui doivent désormais faire face à leur situation, avec courage. Afin que cette crise puisse déboucher pour eux sur autre chose que du désespoir, voici 5 conseils qu’on peut leur donner.


 1-Reconnaître votre situation.
Selon que vous avez (vous-mêmes ou des vôtres) perdu un peu, beaucoup ou tous vos biens à cause des placements d’argent dans des structures aux taux d’intérêt à 3 chiffres, votre douleur, votre honte et votre désespoir sont plus ou moins grands. Aussi inconsolables que vous puissiez être, prenez le temps et faites l’effort de reconnaître que comme plusieurs milliers de Béninois, vous êtes victimes d’une vaste escroquerie. Et pourtant, même si tout le monde vous condamne et que votre propre conscience vous condamne, soyez assurés que Dieu ne vous condamne pas. Priez et demandez la grâce de trouver en Dieu la force de faire face à votre situation dans la vérité devant Dieu, la vérité envers vous-mêmes et les autres autour de vous et la vérité par rapport à la réalité de la situation difficile dans laquelle vous êtes. Reconnaissez les faits, votre douleur, votre  honte, votre tentation au désespoir. Mais reconnaissez aussi que grâce à Dieu, vous aurez la force de surmonter le désespoir, de remonter la pente.

2-Comprendre  ce  qui vous arrive
Pour accroître vos forces et vos raisons d’espérer et même de trouver des solutions à ce qui vous paraît maintenant comme une impasse, regardez votre situation en face avec courage et vérité. Essayez de comprendre comment vous en êtes arrivés là, ce que vous traversez et les issues potentielles de sortie qui vous semblent difficiles à percevoir actuellement. Vous en êtes arrivés là parce que les sociétés de placement d’argent à trois chiffres de taux d’intérêt ne prennent pas votre argent pour le faire fructifier dans une activité productrice. Elles font l’arnaque de Ponzi qui est connue dans le monde entier. Cela consiste simplement à prendre l’argent des derniers pour payer les premiers jusqu’à ce que le système tombe. Ces arnaques procèdent toujours ainsi. Ce qui varie, c’est la méthode inventée et réinventée dans chaque cas pour cacher le jeu et abuser de la confiance même des plus avertis. Mais surtout, leur méthode repose sur leur habileté à jouer avec la tendance des hommes à rechercher le gain facile (tendance qui fait qu’on joue aux jeux de chance). Dans le cas du Bénin, les initiateurs ont, avec beaucoup d’ingéniosité, obtenu la caution des structures et institutions crédibles comme les communautés religieuses, les autorités morales, les personnalités politiques, et la philanthropie. Et comme nous sommes dans une société où, plus que sous d’autres cieux, le lien entre le travail produit et le gain accumulé n’est pas sûr, le tour est joué avec force publicité, sans même chercher la discrétion. Si bien joué que les premiers arnaqués ont servi de « commerciaux» et « d’agents publicitaires » pour les autres. Quand vous voyez les billets frais de leurs intérêts, toutes vos gardes finissent par baisser. Voilà ce qui vous a conduits à risquer et à risquer encore plus.
Maintenant que le pire est arrivé, vous vous culpabilisez mais vous n’osez peut-être pas écouter votre douleur et votre honte. Pour vous protéger et sauver la face,  vous vous sentez obligés à faire comme si tout allait normalement. Vous négligez vos maux de tête qui sont plus chroniques que d’habitude, votre manque d’appétit, de sommeil et d’entrain au travail. Même quand vous allez voir votre médecin, vous vous contentez de la communication oblique en décrivant seulement les maux de votre corps qui, en fait, accuse le coup d’un choc plus profond. Comprenez que vous n’êtes pas seuls à être tombés sous le charme de ces arnaqueurs et vous n’êtes pas seuls à être tentés de gérer la situation de façon détournée. Comprenez que cette manière de faire peut vous nuire dangereusement. Comprenez enfin que plus tôt vous essayez de faire face à la situation avec courage et vérité, plus vite vous aurez la force et l’imagination  de  trouver  des solutions et de vous en sortir.

3- Communiquer  sur  votre  situation
Le risque que vous courez en gardant le secret qui vous mine vous sert-il plus que le risque de décevoir vos plus proches s’ils venaient à être informés du drame dans lequel vous êtes à cause des placements dangereux? C’est à vous de sous-peser et de décider.  Mais comme  vous  le savez, l’expérience enseigne qu’il vaut mieux s’ouvrir et partager  ces genres de douleurs avec ceux et celles qui vous aiment et qui peuvent vous aider même s’ils ne sont pas contents de vos erreurs.
Mais ce conseil vaut pour nous tous. Dans les familles, les lieux de travail, dans les hôpitaux et dans les églises, nous avons besoin par les temps qui courent de nous rendre disponibles et délicatement attentifs à ceux qui sont avec nous ou qui viennent à nous. Nous avons besoin de les mettre à l’aise. Le pire est déjà arrivé, il s’agit maintenant de nous mettre ensemble pour trouver des solutions. Peut-être même devons-nous considérer sérieusement la possibilité de trouver des personnes ressources qui écoutent et aident les épargnants victimes pour ce qui concerne l’impact de la situation sur leur santé.

 4-Agir sur la situation
Au fur et à mesure que les forces vous reviennent, il faut vous lever et vous mettre à vous battre pour sortir de la situation malencontreuse dans laquelle vous vous retrouvez. Il faut effectivement aller vous inscrire dans les centres départementaux annoncés par le gouvernement. Mais vous avez besoin de faire attention pour ne pas retomber dans le piège de nouveaux arnaqueurs qui sèment la confusion et recensent moyennant des « frais de dossier ». Le risque d’être arnaqué de nouveau vous prouve s’il en était besoin que vous devez faire attention dorénavant. Les juristes vous conseillent de rassembler toutes les pièces sans exception qui documentent vos activités de placement, d’avoir une copie à conserver. En dehors des recensements, ils vous conseillent d’aller au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie pour porter plainte individuellement, contre escroquerie et abus de confiance. Vous  devez enfin remettre en cause vos valeurs et même s’il existe dans notre société des gens qui montrent  des signes  extérieurs  de richesse non justifiables par leur travail, votre expérience douloureuse n’aura pas été vaine si vous vous remettez au travail, assurés que l’argent ne se multiplie pas miraculeusement, mais que c’est le travail qui crée la richesse.
5-Garder espoir
Quels que soient les conseils, vous continuez à vous demander : « vais-je vraiment retrouver mon argent ? » La réponse est claire : il faut espérer. Mais pour dire vrai, il ne faut pas sous-estimer les difficultés que les autorités auront à établir une liste fiable des victimes authentiques et à saisir les biens des auteurs de l’arnaque. La logique des politiciens dans ce dossier ne suffit pas à elle seule à inspirer confiance. Mais fort heureusement, certains acteurs non politiques sont dans le Comité de suivi, qui peuvent inspirer encore plus de confiance. Par exemple la magistrate Sévérine Lawson a fait ses preuves. Si on doit en juger par les qualités qu’elle a montrées dans des dossiers compliqués comme celui des « frais criminels de justice » où ses pairs magistrats étaient impliqués, elle et les acteurs comme elle poursuivront les arnaqueurs et leurs complices jusque dans leur dernier retranchement.
Mais au-delà de tout, mettez votre espoir en Dieu qui donne la vie et la santé et en votre capacité de travailler pour des lendemains meilleurs.
Abbé André S. Quenum

 

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