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Qu’attendez-vous du prochain président ?


LETTRE n°7 AUX PRESIDENTIABLES de 2011


La question du Port autonome de Cotonou
Depuis l’indépendance, le Bénin n’a jamais pu rendre son port florissant. Le peuple béninois est en droit d’exiger de son prochain Président une réflexion plus sérieuse sur la mise en valeur de ce poumon de l’économie béninoise.


Chers présidents potentiels de 2011, cette lettre n°7 porte sur une question dont l’importance pour notre pays n’a nul besoin d’être démontrée. Feu Hubert Maga, alors Premier Ministre du Dahomey avant d’en devenir Président de la République, le disait déjà très clairement le 23 octobre 1959, lors de la cérémonie de pose de la première pierre du Port de Cotonou : ce jour était « un grand jour pour le Dahomey … c’était le départ vers un avenir meilleur parce que [l’achèvement du Port] marquerait la véritable naissance économique du Dahomey ».
Ce  que disait M.  Maga du Port et de son importance pour l’économie nationale  est confirmé par les statistiques disponibles.  En effet, selon ces données, entre 80 et 90% des transactions internationales du Bénin se feraient par le Port Autonome de Cotonou. Mieux, le Port générerait plus de 80% des recettes douanières, ce qui, dans un pays dont l’économie est souvent qualifiée d’essentiellement fiscale, suffirait à justifier qu’on lui accorde une attention particulière.

Les performances actuelles
De fin 1964 où le Port de Cotonou a reçu son premier paquebot (« Le Maréchal Foch ») jusqu’à ce jour, le Port a connu un fort développement aussi bien de ses capacités que de ses activités. C’est ainsi que des travaux d’extension ont été engagés, qu’il s’agisse de la première extension datant de 1982 ou des quais ultramodernes qui sont en cours de construction  pour l’amélioration tant des capacités que des performances du Port. C’est ainsi, également, que le trafic portuaire annuel a substantiellement évolué, passant de moins de 300 000 tonnes en 1965 à environ 7 millions de tonnes en 2008. Rien que sur les 10 dernières années, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, ce trafic a plus que doublé.

Evolution du trafic portuaire entre 1999 et 2009
Cependant, chers présidents potentiels, vous le savez probablement mieux que nous, les choses ne sont pas uniquement roses au Port de Cotonou. Vos prédécesseurs, les candidats à la présidentielle de 2006, l’ont reconnu lors de leurs différentes campagnes électorales. Tout en affirmant quasiment tous que le Port de Cotonou peut être considéré comme « le poumon de l’économie nationale », ils ont attiré l’attention sur le fait que les performances du Port et sa contribution à l’économie nationale doivent être substantiellement améliorées. Des affirmations telles que « Une meilleure gestion du Port peut engendrer entre 2,5 et 3 points de croissance pour l’économie nationale … », « Une meilleure gestion du Port peut entraîner un gain supplémentaire entre 6 et 14 milliards de FCFA» etc. sont tirées de leurs documents de campagne ou de propos publiquement tenus par eux.
Il n’y a pas de doute, chers présidents potentiels de 2011, que vous reviendrez cette fois-ci encore avec des affirmations du même genre. Et pourtant, vous savez aussi bien que nous qu’améliorer les performances du Port et les amener à leur niveau optimal n’est pas chose aisée au Bénin. Regardez, par exemple: vos prédécesseurs des quinze dernières années n’ont pas pu trouver un directeur général au Port de Cotonou capable à leurs yeux de faire l’affaire. De 1997 à 2010, le Bénin a usé 10 directeurs généraux (soit en moyenne un pour environ 17 mois) ! Est-ce vraiment un hasard ? Et, ce, alors même que certains pays de la sous-région semblent avoir plus de chance. 

Les attentes
Ne serait-ce que pour ces raisons, nous vous demandons cette fois-ci, chers présidents potentiels de 2011, d’être plus précis dans la formulation de vos promesses de campagne en ce qui concerne le Port.
Premièrement, pouvez-vous nous prouver que vous connaissez le Port de Cotonou, son importance pour l’économie nationale, l’état exact de sa situation ? Sur ce point-là, par exemple,  qu’en  est-il des statistiques avancées précédemment? Et quels sont les obstacles majeurs à son développement ?
Deuxièmement, pensez-vous que le Port de Cotonou est à même de soutenir la compétition avec les ports des pays voisins et qu’il remplit les conditions minimales nécessaires (capacité d’accueil des navires, rapidité de déchargement etc.) pour faire face aux exigences du transport maritime mondial d’aujourd’hui? Sinon, que comptez-vous faire, très précisément, pour le développement du Port, à quels coûts et avec quels moyens ?
Troisièmement, comment comptez-vous régler la question de  la corruption au Port, des faux-frais et autres pratiques équivoques, d’où qu’elles proviennent? Comment pouvez-vous nous convaincre que le Guichet unique, véritable arlésienne depuis le début du Renouveau démocratique (alors que tout le monde convient que sa réalisation permettra au Port de faire un véritable bond qualitatif), sera finalisé et effectivement mis en service ? Comment pensez-vous  résoudre les insuffisances organisationnelles internes au Port ? C’est un fait notoire que les différents acteurs ne réussissent pas à contribuer tous et, surtout, ensemble à l’amélioration des performances du Port. Il est difficile de les faire travailler de concert dans un même objectif. Par exemple, le Directeur général du Port peut toujours souhaiter une sortie rapide des marchandises alors que la douane peut avoir son emploi du temps propre.
Et ce n’est pas tout. Que dites-vous des autres questions tout aussi importantes et déterminantes que la sécurité et la sureté au Port de Cotonou ? Ou les tracasseries policières sur le corridor reliant Cotonou à la plupart des pays de l’hinterland qui semblent avoir défié tous vos prédécesseurs jusqu’à ce jour ?
Messieurs les présidents potentiels de 2011, il y a déjà plus de 60 ans, vers la fin des années 1940, il était dit, pour justifier la nécessité de construire un Port à Cotonou à la place du Wharf qui existait à l’époque, que le Dahomey s’asphyxiait et s’étouffait derrière son « wharf périmé ». C’est à vous qui entendez présider aux destinées de ce pays qu’il appartient d’éviter qu’on dise aujourd’hui que le Bénin s’asphyxie derrière son Port périmé et/ou mal géré. De grâce, épargnez-nous les affirmations vagues et creuses servies lors des campagnes électorales passées. Des réponses que vous apporterez à ces préoccupations essentielles dépendront le sérieux et la crédibilité de vos promesses sur votre capacité à améliorer la situation économique de ce pays.

Hounkpè Mathias
[Res Publica]

 

 

Lettre aux présidentiables de 2011
Suite  à  l’enthousiasme  qu’a  généré  la lettre adressée aux candidats à la présidentielle de 2011 sous la plume du politologue Mathias  Hounkpè, votre  hebdomadaire  La Croix du Bénin vous invite à lui faire part de vos préoccupations importantes pour enrichir par une  méthode  participative l’initiative  de la série de lettres  à adresser aux présidentiables de 2011.
Ecrivez-nous par tous les moyens (mails, Sms, Poste…) aux adresses suivantes :

01 BP  105 Cotonou, C/555 derrière l’église Saint Michel de Cotonou

E-mail : contact@lacroixdubenin.com
Tél. : 229 95 45 57 57 -  229 97 98 85 75

 

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