Hebdomadaire Catholique: Justice - Vérité - Miséricorde

Pourquoi la Crise?
De profonds bouleversements


Dossier

Alors que les pays du G20  se rencontrent, M. Paulin Cossi, l’Abbé Jean Joachim Adjovi et M. Claude Allagbé se prêtent aux questions de Guy Dossou-Yovo pour expliquer les mécanismes de la crise financière.

L’Afrique et la crise
Interview accordée par M. Paulin Cossi

Un peu avant l’actuelle crise financière, le monde et encore plus l’Afrique ont été frappés par la hausse des prix du pétrole et des denrées alimentaires. Quel est le lien entre la crise financière et la crise humanitaire ?
La crise financière n’a pas, à mon avis un lien immédiat avec la crise humanitaire. La crise financière actuelle tire son origine de la crise des   «subprimes» consécutive à la formation de la bulle immobilière spéculative américaine des années 2000. La crise humanitaire qui a cumulé en 2007, avec notamment la hausse des prix des produits alimentaires de base, dont les signes précurseurs remontent à 2005 ou 2006, a ses racines propres qui sont : la hausse du prix du pétrole, l’accroissement de la demande des denrées alimentaires, les politiques de substitution (agro carburant), les phénomènes climatiques, les techniques de production, l’accroissement du prix des intrants agricoles, pour ne citer que celles là. Mais, la crise des «subprimes» en a rajouté certainement à la hausse des prix de certaines matières premières comme le pétrole et les produits alimentaires de base, devenues des valeurs refuges aux établissements bancaires et aux fonds spéculatifs.

Avec l’arrivée de cette crise financière, comment se repose la question de la monnaie dans la zone CFA ?
La zone CFA comme chacun le sait, est un espace de quatorze pays d’Afrique sub-saharienne ayant pour monnaie, le Franc de la Communauté Financière d’Afrique (FCFA) en Afrique de l’Ouest et le Franc de la Coopération financière d’Afrique (FCFA), en Afrique Centrale. La zone est caractérisée par une coopération monétaire avec la France fondée sur quatre principes fondamentaux : la garantie illimitée du Trésor français, la fixité de la parité Euro/FCFA, la libre transférabilité et la centralisation des réserves de change. Ce système comporte des avantages mais également des inconvénients dont les effets pénalisant peuvent s’aggraver en période de crise. La fixité de la parité du franc par rapport à un Euro qui ne cesse de s’apprécier par rapport au dollar conduit à une perte de compétitivité des exportations des pays de la zone CFA, alors même que la récession consécutive à la crise financière actuelle entraînera un recul probable de la demande mondiale. Recul de la demande mondiale de matières premières auquel s’ajoute une perte de compétitivité sont les ingrédients d’un ralentissement certain de la croissance économique dans l’espace zone franc. Sans encourager cette attitude parfois observée, tendant à accréditer l’incertitude sur l’avenir du franc CFA, il me paraît cependant intéressant de s’arrêter de temps en temps pour évaluer ce système de la zone CFA afin de procéder aux adaptations nécessaires. On observe d’ailleurs qu’à l’épreuve des faits, les Autorités de la zone ont décidé en 1993, de quelques restrictions dont notamment celle relative à la suspension de rachat par les Banques centrales, des billets émis par elles et circulant hors des pays membres. Ceci dit, l’arrivée de la crise financière nous rappelle les insuffisances du système zone CFA mais également le devoir qui incombe à chacun (décideurs politiques, universitaires et professionnels) de nourrir, dans une approche dynamique, la réflexion en vue de rechercher l’adaptation des principes qui la fondent, aux mutations prévisibles.

Quelles mesures minimum le Bénin peut prendre pour limiter les effets néfastes de la crise sur son économie ?
Les effets néfastes de la crise peuvent se résumer dans le ralentissement de la croissance avec un recul de la lutte contre la pauvreté. Je dirai que pour limiter les effets néfastes de la crise, il faut assurer la nourriture et les soins de santé au plus grand nombre. Pour cela, il me paraît indispensable de poursuivre les reformes sectorielles. Les réformes du secteur agricole me paraissent prioritaires. Il faut poursuivre également les réformes structurelles ainsi que l’étude sur la reforme fiscale actuellement en cours. Mention doit être faite également de l’amélioration de la gouvernance.

Pourquoi la Crise?
Interview accordée par Abbé Jean Joachim Adjovi

Nous avons observé que l’économie mondiale va de crise en crise depuis plus de trente ans.
Pourquoi donc ?

L’économie  mondiale  connaît effectivement depuis le début des années 70 une multiplication de crises financières. Les économistes ont retenu dix-huit crises principales: la crise de change (1971), la crise de la dette des pays du Sud (1982), la crise de change en Europe (1992), la crise financière en Asie (1997), l’éclatement de bulle boursière Internet (2000) et la crise des prêts immobiliers subprime (2007).
Les études mettent en évidence que leur origine est liée à trois principaux mécanismes. Le premier est spécifique aux marchés financiers, qui sont des «marchés de promesses» : nul ne sait ce que sera demain le bon «niveau» d’un taux d’intérêt, d’un taux de change ou du cours d’une action. Cette incertitude engendre une grande variabilité des paris effectués par les intervenants des marchés financiers, qui préfèrent généralement suivre la tendance générale et avoir tort avec les autres plutôt que raison tout seul.
Un second mécanisme con-cerne le caractère pro cyclique de la prise de risque de la part des acteurs bancaires et financiers : ces derniers ont tendance à prendre d’autant plus de risques que la conjoncture est bonne et d’autant moins lorsque les perspectives sont défavorables. Ainsi, ils favorisent la croissance quand celle-ci est dynamique et renforcent sa régression quand les choses se gâtent, les banques pouvant aller dans ce dernier cas jusqu’à diminuer l’octroi de crédit.
Un troisième mécanisme propage d’un marché à l’autre les déséquilibres apparus sur l’un d’entre eux. Ses effets dépendent de la plus ou moins grande facilité d’accès au crédit donnée à ceux qui achètent des actifs. Par exemple, si les ménages peuvent emprunter aisément pour acheter leur maison ou des actions, ils contribuent à faire monter le prix de l’immobilier ou de la bourse, hausse dont ils peuvent se targuer auprès de leur banquier pour emprunter plus et de nouveau investir, etc. Les différents marchés se trouvent ainsi liés, et une crise sur l’un d’entre eux entraîne une crise sur les autres : par exemple, un effondrement de l’immobilier provoque des difficultés à rembourser ses emprunts et une crise bancaire, comme cela s’est produit au Royaume-Uni, provoquant même une faillite bancaire, celle de Northern Rock.

Quelle est la nature de la crise financière actuelle ? Et pourquoi une crise financière aux USA affecte à la seconde près le monde entier ?
Tout a commencé sur le marché américain des prêts immobiliers dits «subprime». Ce sont des crédits accordés aux ménages présentant de trop faibles garanties pour accéder aux emprunts normaux dits «prime», soit parce qu’ils ont déjà eu des difficultés financières par le passé, soit que la faiblesse de leurs revenus limite par trop leur capacité de remboursement. Ce type de crédit s’est développé aux Etats-Unis, surtout à partir de 2004-2005. En 2006, il représentait 40% des nouveaux crédits hypothécaires. Les ménages qui en avaient les moyens, avaient, eux, déjà abondamment profité de la longue période de taux d’intérêt bas pour acheter ou pour s’agrandir. Au moment où les taux d’intérêt ont commencé à remonter, c’est donc une clientèle moins solvable qui va être courtisée par le business du crédit immobilier pour continuer de faire des affaires.
Mais dès la fin de l’année 2006, il est apparu qu’un nombre croissant de ménages ne pouvait faire face à leurs remboursements. Les taux de défaut sur les prêts subprime commencèrent à augmenter dans des proportions inquiétantes. Après les ménages, forcés de vendre leur maison sur un marché immobilier désormais complètement déprimé, ce fut au tour des établissements spécialisés qui leur avaient prêté d’être touchés. Les premières faillites de prêteurs firent la une de l’actualité américaine au premier trimestre de cette année. En quelques mois, une vingtaine d’établissements ont dû ainsi mettre la clé sous la porte.
Depuis un an la crise s’est propagée sur le marché financier international. Les innovations financières, notamment la titrisation, ont permis aux prêteurs immobiliers américains de diffuser leurs créances dans l’ensemble du système bancaire mondial. Les créances placées partout dans le monde par les banques et les sociétés financières, étaient largement détenues par des porteurs de titres qui attendaient le moment favorable pour les revendre et réaliser des plus values.
Les premières défaillances des acquéreurs de logement ont eu pour effet d’ébranler fortement la confiance du marché et la valeur de ces titres s’est rapidement effondrée. Dans l’ignorance de l’évolution du secteur immobilier américain et de l’ampleur des opérations en cause, les opérateurs, inquiets, ont pesé sur le marché en cherchant à se délester de leurs titres.
De proche en proche, le système financier, qui repose sur la confiance entre les acteurs, s’est trouvé fragilisé. Ce qui caractérise la crise actuelle est que cette personne (?) ne sait où est localisé le risque. Résultat, personne ne fait plus confiance à personne et tout le système entre en crise. Cela montre bien que tout le marché financier ne peut fonctionner sans la confiance.
Un à un les détenteurs des titres, les établissements de crédit et les fonds d’investissement spécialisés ont enregistré des pertes réelles (lors des ventes) ou potentielles (s’ils gardaient les titres en portefeuille).

 



 



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