Ce n’est pas parce qu’on n’en parle pas qu’elle n’existe pas. Elle est bien là, présente, la crise financière mondiale. Née de la crise des crédits immobiliers aux Etats-unis d’Amérique, cette crise qui secoue aujourd’hui les Etats développés laisse les pays sous-développés dans de sérieuses craintes quant au sort désormais réservés à leurs matières premières. L’administrateur du commerce, Claude Allagbé Mahoussi, directeur de la promotion du commerce intérieur au Bénin, affirme : «Bien que n’étant pas directement touchés par la crise financière, en raison du faible taux d’ouverture de leurs économies, les pays africains et le Bénin en particulier ont tous à craindre une chute des prix de leurs produits et une baisse drastique des recettes de leurs producteurs. C’est ce qui se passe quand il y a recul de la demande par rapport à l’offre, c’est-à-dire lorsqu’il y a récession économique».
C’est le constat de la cinquantaine de ministres des finances, gouverneurs de banques centrales et représentants d’institutions financières réunis en conférence ministérielle le 12 novembre dernier à Tunis pour définir une position de riposte africaine à la crise financière internationale. Pour ces décideurs africains, il s’agit d’ «un ralentissement économique mondial qui compromet une décennie de croissance record : réduction de la pauvreté, amélioration de la gouvernance, pro-grès importants dans l’éducation, assainissement des comptes publics, mise en œuvre soutenue de réformes économiques pertinentes, augmentation des investissements directs étrangers, notamment dans le domaine de l’infrastructure». Ce sont là autant d’efforts, estime le président de la Banque africaine de développement, Donald Kaberuka, qui sont aujourd’hui compromis par le ralentissement économique mondial induit de la crise financière. «Une grave récession dans les grands pays développés, analyse-t-il, aurait des effets négatifs sur nos pays : moins de capitaux, moins de transferts d’argent des travailleurs émigrés, moins de tourisme, moins d’aide au développement». L’impact de cette crise financière sur les économies africaines sera donc sans appel surtout en ce qui concerne les pays exportateurs du pétrole comme la Guinée équatoriale. De 140 dollars US le baril, le pétrole chute aujourd’hui à 54 dollars. Il en est de même des pays producteurs du fer où il est annoncé une chute jusqu’à concurrence de 40%. Le Bénin n’en est pas moins épargné avec son coton et ses noix d’anarcades. Ces craintes sont si profondes qu’elles doivent faire appel, selon M. Allagbé Claude, à «des réformes importantes notam-ment au niveau des systèmes bancaires au plan mondial: Fonds monétaire international; Banque mondiale…». Et parlant précisément du Bénin, M. Allagbé suggère «qu’une véritable étude se fasse sur les conséquences réelles de cette crise financière mondiale sur le Bénin, puis, que l’on cherche à diversifier l’économie béninoise en évitant de se cramponner à un ou deux produits seulement. Il a enfin souhaité que l’on travaille à faire de notre économie une économie auto entretenue en stimulant la demande nationale pour éviter de ne pas trop dépendre de l’extérieur». Mais il est à espérer au Bénin, que cette crise fasse baisser les prix de certains produits sur le marché de consommation.
Guy Dossou-Yovo