Hebdomadaire Catholique: Justice - Vérité - Miséricorde

LETTRE PASTORALE


Apprendre de Saint Paul...
Le 2 juillet 2008, le Pape Benoît XVI consacrait l’année pastorale 2008-2009 à St Paul. Dans le cadre du lancement de cette année pastorale, l’archevêque de Cotonou, Mgr Marcel Agboton a écrit une lettre pastorale à ses agents pastoraux et à ses fidèles dont nous publions ici de larges extraits.

«Apprendre de saint Paul, apprendre la foi, apprendre le Christ, apprendre enfin la route d’une vie juste » tel est l’objectif que le Pape Benoît XVI assigne à l’Année paulinienne dans la première catéchèse qu’il consacre à l’Apôtre des Nations, le 2 juillet 2008… Je voudrais, moi aussi cette année vous inviter à Apprendre de St Paul à être une Eglise Famille de Dieu envoyée aux nations...

 Apprendre de Saint Paul à être missionnaires
… Je vous propose trois pistes.
Le premier front d’engage-ment sera la constitution de nos communautés ecclésiales en ferments d’interculturalité. Celle-ci passe par l’accueil positif de la différence culturelle. Nous n’obtenons pas l’interculturalité en juxtaposant nos identités culturelles les unes à côté des autres. Elle réside dans notre capacité à nous ouvrir à ce qui s’exprime dans l’autre culture comme nous concernant.
Par exemple, nous avons la grâce dans notre Archidiocèse d’avoir une variété de chorales surtout en langues nationales. Elles contribuent toutes à la beauté de nos assemblées liturgiques. J’encourage les coordinations qui se mettent en place au sein des paroisses. Elles peuvent être un véritable creuset d’interculturalité et d’apprentissage du vivre ensemble.
Le deuxième lieu d’investissement missionnaire est notre ouverture à ce qui se passe ailleurs, dans les autres diocèses de notre pays, dans la sous-région et sur tout le Continent et même au-delà. Il y a là, comme du temps de St Paul, des Macédoniens qui nous crient : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » (Ac 16, 9). Cette attention au pays, à la sous-région, au Continent est aussi un engagement pour faire de l’Afrique un espace de paix et  de stabilité politique où les hommes et les femmes pourraient circuler et se rencontrer en toute liberté et sécurité, sans peur des coupeurs de route, des pirates, des  chefs de guerre, sans peur de se retrouver réfugiés, déplacés de guerre, parce que les institutions démocratiques en Afrique n’auraient pas bien fonctionné, parce que de nouvelles formes de dictature se seraient subrepticement mises en place, parce que nous ne nous serions pas mis ensemble pour défendre le bien commun, l’accroître et le préserver pour la postérité, etc…
L’effort permanent de la Conférence Episcopale du Bénin (CEB) pour Restaurer la confiance et préserver la paix1 va dans ce sens. Et c’est un effort que nous poursuivons à d’autres niveaux de communion ecclésiale plus large comme la CERAO2, l’ACEAO3 et le SCEAM4.
Le troisième niveau d’engagement  est  le   renforcement de notre conscience individuelle et communautaire que nous sommes citoyens du monde. Si notre Famille Diocésaine est présente à des peuples lointains par des fidei donum qui sont en Europe, en Amérique et dans le Pacifique, et en Afrique du Nord, c’est parce que comme fils et filles de l’Eglise Catholique, nous sommes envoyés au monde entier.
Notre effort cette année consistera à développer non seulement auprès de nos jeunes en formation pour le sacerdoce ou la vie religieuse mais aussi au niveau des jeunes laïcs ce sens de la mission et de la coopération missionnaire. La mission est pour tous et par tous, pour toutes et par toutes. C’est une piste à creuser.

Apprendre de Saint Paul à mettre le Christ, Parole de Dieu au cœur de nos vies
L’œuvre missionnaire n’est pas une œuvre de propagande idéologique. Elle n’est pas non plus une entreprise humaine de civilisation d’autres peuples ou d’actions humanitaires à grande échelle. Elle est une œuvre de la foi, foi en une personne : Jésus-Christ, qui s’est attesté comme l’Envoyé du Père dont il est le Fils Eternel, le Verbe fait chair Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Et la preuve que Dieu nous aime est que c’est lorsque nous étions encore ses ennemis qu’il a envoyé son Fils mourir pour nous. C’est ce Fils qui n’a pas retenu jalousement le rang qui l’égalait à Dieu mais qui s’est anéanti devenant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la Croix, que nous avons à connaître, à aimer et à annoncer.
Si c’est avant tout dans la célébration de l’Eucharistie, source et sommet de la vie  de toute l’Eglise que nous rencontrons Jésus-Christ, il est aussi le verbe de Vie, la Parole de Vérité que l’Eglise proclame chaque fois qu’elle lit les Saintes Ecritures. Apprendre Jésus-Christ, ce sera donc aussi apprendre l’Evangile. Ignorer les Ecritures équivaut à ignorer le Christ, nous a appris St Jérôme. St Paul affirme avant lui : « pour moi, vivre, c’est le Christ ». Etre passionné pour le Christ, c’est être passionné pour la Parole de Dieu qu’Il est et pour l’Eglise qui est son Corps.
Notre  effort  pour  une pastorale biblique conséquente – une Bible par famille, catéchèse Bible en main – devra se poursuivre et s’intensifier cette année. L’année de catéchèse biblique que la CEB vient de rendre obligatoire pour le cheminement catéchuménal doit être menée avec  grand soin dans nos paroisses. J’invite les Curés et leurs vicaires à prendre un soin particulier du déroulement de cette formation. Les outils de travail fournis par le Centre Catéchétique devront être mis à la disposition   de tous les catéchistes. Ceux-ci bénéficieront eux-mêmes d’une formation biblique appropriée. L’apprentissage de la Lectio divina sur lequel les Pères Synodaux ont beaucoup insisté tiendra une bonne place dans cette formation. Comment ne pas déjà recommander alors à tous, la lecture assidue, cette année, des lettres de St Paul ! Nous aurons ensemble à nous réapproprier les conclusions du Synode sur la Parole de Dieu et nous efforcer à les traduire dans notre vécu pastoral.
Voilà, chers Fils et Filles bien aimés de Dieu, les quelques pistes pour un cheminement d’ensemble que j’ai dégagées et voulu partager avec vous, après avoir écouté en Presbyterium le bilan des activités menées pendant l’année pastorale dernière. Pour cette nouvelle année pastorale, saisissant le moment de grâce que constituent pour toute l’Eglise l’Année paulinienne et le Synode des Evêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise, je vous les propose comme une modalité possible pour nous, Eglise Famille de Dieu à Cotonou, de cueillir ce que l’Esprit dit aux Eglises. J’ose croire que ces pistes aideront chacune de nos communautés chrétiennes à avancer dans la mission commune et à mieux préparer le prochain Synode des Evêques qui sera consacré à l’Afrique.
En vous souhaitant, à vous tous, une sainte année pastorale à l’école de St Paul, je vous confie à la sollicitude maternelle de la Servante du Seigneur, Marie Mère et Modèle de l’Eglise, Femme Missionnaire.
Je vous bénis.

+ Marcel Agboton
Servus Ancillae Filius
Archevêque de Cotonou

Notes
1 Message  de la CEB au Peuple de Dieu, 2 oct. 2008.
2 CERAO : Conférence Episcopale Régionale de l’Afrique de l’Ouest (francophone et lusophone).
3 ACEAO : Association des Conférences Episcopales de l’Afrique de l’Ouest (anglophone, francophone et  lusophone).
4 SCEAM : Symposium des Conférences Episcopales d’Afrique et de Madagascar.



 



Freelance Proof Reader