Un peu partout dans les coins de rue de nos villes, il n’est pas rare de lire sur bien des panneaux : «Clé-minute». En une minute, du moins en un temps record, vous avez votre clé ‘‘falsifiée’’, non, j’ai vite parlé, photocopiée. Nul n’ignore le service que rendent ces opérations ‘‘clé-minute’’ à notre société. Dans les familles nombreuses par exemple, comme on en a souvent en Afrique, plus besoin d’attendre longtemps au portail ou à la porte le ‘‘gardien de la clé’’. Chacun a la sienne. Plus besoin non plus de se faire des soucis pour une perte éventuelle de sa clé. Avec ces opérations ‘‘clé-minute’’, tout devient donc facile en matière de clé : Clé de maison, de bureau, de voiture… Oui, tout devient facile, l’insécurité aussi.
Nous sommes en septembre 2008. Un curé de paroisse, dont l’église est en construction, remarque que quelques-unes de ses enveloppes, contenant des billets de banque, soigneusement rangées dans son armoire, connaissaient une cure d’amaigrissement. Qui accuser puisque M. le curé est «le seul» à avoir la clé de sa chambre ? «Seigneur, fais lever ton soleil sur ma maison» pria-t-il, tout bas, le cœur meurtri d’angoisse. Octobre 2008. Un matin de bonheur, le curé et son vicaire s’habillaient pour la messe de 6h45. Pris de malaise, M. le curé revient sur ses pas… Il tente d’introduire la clé dans la porte. La serrure résiste. A l’intérieur, bruit insolite. Serait-ce une souris ? Non. Ce fut plutôt le Seigneur qui a fait lever son soleil sur la maison de M. le curé. Un de ses proches collaborateurs partageait la chambre avec lui… Vous l’avez compris, ami lecteur, avec la clé-minute, tout devient facile...
Des exemples du genre peuvent être cités. Que d’employés subtilisent et photocopient, à l’insu du patron et bien évidemment à ses dépens, les clés de certains locaux sensibles du service ? Que d’enfants chipent et multiplient, à l’insu des parents, les clés des chambres, des magasins, du garage, des voitures… ? C’étaient les fêtes de fin d’année. Après la messe de nuit, grande réjouissance dans une famille à Cotonou. Action de grâce au Seigneur pour ses bienfaits tout au long de l’année écoulée. Bénédiction et protection pour l’année nouvelle. On était à 1 heure du matin. Sur l’ordre des parents, leurs deux enfants, un garçon (22 ans, 2e année de Marketing) et une fille (18 ans, Tle D) entrent chacun dans sa chambre. Papa cache soigneusement les clés de la voiture. A 4 heures, le portable de Monsieur sonne : «votre voiture vient de s’écraser sous un camion» (on y avait retrouvé sa carte de visite). Monsieur se tâte les commissures et se frotte les yeux. Evidemment, il vient d’un profond sommeil. Réveillé de son sommeil, il constata l’absence de ses deux enfants, et le garage vide… Les enfants s’en allaient rejoindre leurs amis pour continuer la fête…Hélas !!!
Ces faits donnent à réfléchir, surtout en ce moment où l’insécurité, avec sa dose de criminalité, prend une allure vertigineuse dans notre pays: braquages, contrefaçons de billets, escrocs de tous ordres… Supprimer ces services créerait probablement plus de problèmes qu’on ne va en résoudre. Outre les bénéficiaires loyaux, il y en a peut-être qui ne vivent que de «clé-minute». Le leur interdire, c’est augmenter le taux de chômage ; de l’insécurité aussi. Le problème ne serait donc pas résolu mais repoussé. Que faire alors quand on sait que ces opérations constituent une source d’insécurité ? Il nous semble qu’une réglementation en la matière serait salutaire. Ne peut-on pas par exemple prendre des mesures pour interdire aux enfants toute demande de multiplication de clés ? On ne naît pas voleur en effet, on le devient. On le devient parce qu’un terrain favorable y a préparé. Un enfant qui a la facilité de falsifier les clés de ses parents entretient en lui des vices qui deviendront plus tard des constantes de sa personnalité. Ne dit-on pas souvent : «qui vole un œuf volera un bœuf» ? En outre, à l’adulte qui demande pareil service, ne peut-on pas exiger des preuves probantes du droit de propriété de la clé présentée ?
Chères Autorités du Bénin, l’heure est à l’urgence. La facilité qu’offrent les opérations «clé-minute» et l’insécurité sous-jacente appellent réglementation appropriée…
Abbé Richard Atchadé