Conformément à la longue tradition jésuite de recherche intellectuelle, d’éducation et d’accompagnement spirituel, la compagnie de Jésus au Bénin s’assigne, en marge de ses multiples activités religieuses, d’animer désormais une revue scientifique d’informations et d’analyses sociales et psychologiques. Cahier du CREC, comme on appelle la revue, est une publication du Centre de Recherche d’Etudes et de Créativité (Crec) des pères jésuites du Bénin. Annexée à leur résidence de la compagnie de Jésus non loin du collège d’enseignement général de Godomey, le centre mène, outre les études scientifiques en vue d’éclairer les décideurs, diverses activités pour l’épanouissement spirituel, intellectuel et socioprofessionnel de la jeunesse.
Dans cette parution, votre journal se permet de porter à votre connaissance les résultats de la toute première étude consacrée aux dépenses de consommation des ménages à Cotonou, la capitale économique du Bénin.
Contexte de l’étude
L’idée de la recherche sur les dépenses de consommation des ménages à Cotonou est née d’une prise de conscience des défis du monde urbain enclin à de profondes mutations non seulement politiques et culturelles mais aussi socio-économiques aiguës. Courant mars dernier, le monde entier en général et les Béninois en particulier ont pris conscience de la cherté de la vie. Mais, dans les centres urbains comme Cotonou, la précarité socio-économique relève du vécu quotidien des populations dont la plupart ont quitté les zones rurales en quête de mieux-être.
Cette recherche intitulée Etude sur les dépenses de consommation des ménages à Cotonou poursuit alors l’objectif principal de déterminer le coût moyen de la vie à Cotonou, la principale ville du Bénin sans manquer de s’intéresser aux revenus des ménages.
Bref aperçu de la démarche méthodologique
L’approche méthodologique s’articule autour de deux principaux axes de recherche :
la recherche documentaire réalisée dans les centres de documentation, d’institutions de recherches dignes de foi, comme le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), l’Institut National de la Statistique d’Analyses Economiques (Insae) et l’Office National d’Appui à la Sécurité Alimentaire (Onasa).
Une enquête préliminaire sur les dépenses des ménages. Menée auprès des ménages par les techniques d’entretien et d’observation, cette enquête vise la collecte des données fiables dans l’identification des principaux produits et services faisant l’objet de dépenses récurrentes au sein des ménages à Cotonou.
Le relevé des prix des produits de consommation sur une période de 10 mois sur les trois principaux marchés fréquentés par les Cotonois selon les résultats de l’enquête auprès des ménages. Les trois marchés sont Dantokpa, Saint Michel et Ganhi. Cette démarche a permis d’obtenir les résultats présentés ci-dessous (Cf Graphique présentant les ménages selon leurs revenus).
Répartition des enquêtes selon le revenu du chef de ménage
Ainsi, un chef de ménage sur deux, précisément (48,6%) a un revenu mensuel inférieur à 50.000FCFA. Parmi eux, 16,2% sont même en dessous du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (Smig) estimé à 27.500FCFA lors des études. Près de 3 des ménages sur 4 dont les chefs exerçant leurs activités génératrices de revenus dans le secteur informel, sont exposés à la précarité économique. Quoi qu’il en soit, les charges des ménages sont énormes par rapport aux revenus visiblement dérisoires.
Des dépenses
Dans la structure des dépenses, il faut distinguer les dépenses alimentaires (Da) des dépenses non alimentaires (Dna). Les ménages consacrent une bonne partie de leur budget à la satisfaction des besoins non alimentaires. Les dépenses non alimentaires prises ensemble (additionnelles et fondamentales) représentent les 2/3 des dépenses de consommation globales (Dg) des ménages comme l’indique le tableau I.
Le panier alimentaire d’un ménage moyen est constitué par les produits présentés dans le tableau II.
Les dépenses non alimentaires concernent le logement, les soins de santé, les frais d’éducation, le transport, les factures d’eau, d’électricité et bien d’autres frais. Ces dépenses non alimentaires sont réparties en deux grandes catégories à savoir les dépenses non alimentaires fondamentales ou usuelles et les dépenses non alimentaires additionnelles consacrées à l’acquisition de produits plus ou moins accessoires. Le tableau IV résume la part de chaque service ou bien non alimentaire dans le budget consacré par les ménages aux dépenses non alimentaires (Cf Tableau III).
Ainsi, le loyer absorbe près de 16,52% des dépenses non alimentaires des habitants de Cotonou. Le logement cédé à ce coût est le type F2 c’est-à-dire une chambre-salon.
Dans certains quartiers situés même au cœur de la ville comme Vêdoko, des logements paradoxalement encadrés par des maisons de haut standing ne sont pas couverts par les services d’électricité et d’eau. 10,8% des ménages interrogés utilisent encore la lampe à pétrole comme moyen d’éclairage à Cotonou.
Les obligations sociales (11,68%) apparaissent comme le 2e poste de dépense non alimentaire le plus important. Il s’agit de l’aide que l’habitant de Cotonou apporte en nature ou en espèce à ses parents qui ne sont pas sous son toit ou à ses amis et connaissances en cas de malheurs (maladie, deuil, etc.) ou d’une occasion de réjouissance (cérémonie de baptême, de prise de la première communion, remise de diplôme de fin d’apprentissage, etc.)
Ces aides, selon les déclarations des enquêtés absorbent même plus de dépenses que l’éducation au sein des ménages.
Les décaissements pour l’éducation n’occupent que 11,58% des dépenses devant les frais pour l’approvisionnement en eau potable et les factures d’électricité qui représentent 10,87% des dépenses des ménages.
`De son côté, le transport occupe 9,88% des dépenses non alimentaires.
L’autre poste de dépense qui occupe également une part non négligeable dans le budget des ménages est l’habillement (9,63%).
Par contre, à Cotonou, les ménages dépensent moins pour se faire soigner. La santé occupe 7,19% des dépenses non alimentaires du ménage. Les frais de santé s’élèvent en moyenne par mois à 6920F par ménage de 5 personnes.
La plus petite part des dépenses est consacrée aux énergies utilisées pour la cuisson des aliments (2,59%). Environ. 2 ménages sur 3 utilisent le bois et ses dérivés (charbon, etc)
Discussion
Ces résultats qui mettent à nu le grand fossé entre les revenus des ménages et le montant des dépenses auxquelles ils sont confrontés interpellent la conscience de tout un citoyen.
Pour quels intérêts certaines catégories se résignent-elles alors à rester en ville malgré le coût de la vie ? Comment parviennent-elles à s’en sortir finalement ? Quel est l’impact de la politique nationale de sécurité sociale sur l’amélioration de condition de vie des pauvres si vulnérables ? Voilà autant de questions qui méritent d’être posées, ne serait-ce que pour comprendre davantage l’état de la justice sociale dans notre démocratie vieille de plus de 15 ans déjà.
Affaire à suivre donc
NB : Une conférence sur les dépenses des ménages à Cotonou sera animée à la résidence des pères Jésuites à Godomey le 23 janvier 2009 à 18h30.
Père Charles Agbessi, sj
Directeur de publication