Du 18 au 25 janvier prochain, nous vivrons encore cette année la semaine de prière pour l’unité des chrétiens dont le thème est : «Ils seront unis dans ta main» Ez 37, 17. Elle est l’une des réalisations palpables à mettre au compte de l’oecuménisme, un mouvement qui ne se confond pas avec le dialogue interreligieux. Ce mouvement s’étend aujourd’hui à toutes les confessions chrétiennes du monde même si le niveau de communion varie d’une Eglise à une autre.
Instituée sous le nom d’octave pour l’unité de l’Eglise, à l’initiative du père Paul James Francis Wattson, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens se tint pour la première fois du 18 au 25 janvier 1908 et prit sa forme actuelle depuis janvier 1939 avec la proposition de l’abbé Paul Couturier qui composa la «prière pour l’unité des Chrétiens», que catholiques, orthodoxes et protestants disent durant la semaine dédiée à cette unité. Depuis janvier 1968, la semaine de prière pour l’unité des chrétiens est conjointement préparée par le Conseil oecuménique des Eglises (Coe) et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens qui publient en commun le livret de préparation pour chaque année. C’est un exemple de relation, de dialogue et de travail en commun qui constitue l’objectif principal de l’oecuménisme. Que recouvre donc ce terme d’oecuménisme ? Pourquoi le séparer du dialogue interreligieux ? Quelles Eglises regroupe-t-il tant au niveau universel que national ? Quel est le degré de communion d’une Eglise à une autre ?
Qu’est-ce que l’oecuménisme ?
Le terme oecuménisme vient du grec ‘‘oikomono gê’’ qui signifie «terre habitée» dans le sens de ce qui s’étend à l’univers tout entier. Il désigne ainsi un mouvement qui concerne uniquement les chrétiens et qui travaille à l’unité visible de l’Eglise du Christ en dépit des différences doctrinales affichées par les diverses confessions chrétiennes. L’oecuménisme se distingue de l’adjectif «oecuménique» utilisé par l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe pour désigner un concile auquel tous les évêques et tous les patriarches sont convoqués, comme par exemple le concile Vatican II. Il se distingue encore du terme «unionisme1» qui désigne un mouvement qui travaillait à promouvoir l’unité ecclésiologique des Eglises protestantes issues de la Réforme. Il se distingue enfin du «dialogue interreligieux».
Pourquoi le séparer du dialogue interreligieux ?
L’oecuménisme par nature concerne essentiellement les chrétiens entre eux alors que le dialogue interreligieux est une forme organisée de dialogue entre différentes religions. Le dialogue oecuménique se fait à l’intérieur de la religion chrétienne, entre catholiques, protestants et orthodoxes tandis que dialogue interreligieux est le dialogue entre le christianisme, le judaïsme, l’islam et les religions traditionnelles. L’oecuménisme dans sa forme actuelle est relativement récent : il date des années 1910 car la possibilité de créer des liens entre diverses confessions chrétiennes semble avoir été plus difficile qu’entre les diverses religions du monde puisque le dialogue interreligieux a débuté dès l’année 1877. L’oecuménisme, compte tenu de son objectif qui est de réaliser l’unité de l’Eglise, est appelé à aller plus loin que le «dialogue interreligieux». Mais dans la pratique, l’oecuménisme peine à aller au-delà des méthodes utilisées par le «dialogue interreligieux»: celles de rétablir la paix et le dialogue entre confessions.
Quelles Eglises regroupe le mouvement oecuménique ?
Le mouvement oecuménique est né au sein du protestantisme. Il est ainsi né du problème missionnaire: comment prêcher l’évangile à partir d’Églises séparées, divisées à propos de la doctrine même de l’Evangile? Ce qui conduit à la création du Conseil international des missions qui réunit son premier congrès à Lake Mohonk, en 1921; de l’organisme Vie et Activité, plus communément appelé Christianisme pratique, pour les questions pratiques, qui tint sa première conférence mondiale en 1925, à Stockholm; de l’organisme Foi et Constitution, pour les questions doctrinales, qui tint sa première conférence mondiale en 1927, à Lausanne. L’assemblée constitutive du Conseil oecuménique des Eglises (Coe) se tint en 1948 à Amsterdam. Elle vit la fusion des organismes Vie et Activité et Foi et Constitution. Ce dernier organisme conserve pourtant sa vie propre au sein du conseil. L’Eglise catholique romaine appartient uniquement à cet organisme et non au Coe. Au plan de l’Eglise universelle, elle vit l’oecuménisme avec protestants, anglicans et orthodoxes.
L’Afrique a hérité dès le début de l’évangélisation d’une multiplicité d’Eglises concurrentes «dispersées dans les banlieues des villes ou regroupées le long de larges avenues différentes en dimension et en style; églises anglicane, presbytérienne, luthérienne, baptiste, méthodiste, adventiste ont donné naissance à une foison de jeunes églises africaines qui ont parfois l’allure de sectes. Dès lors, le dialogue oecuménique de l’Eglise catholique en Afrique se fait avec des confessions chrétiennes qui varient d’un pays à un autre ou d’un diocèse à un autre. Par exemple, ce dialogue se fait au Cameroun avec les Luthériens et dans notre pays le Bénin en général avec les protestants méthodistes ; dans le diocèse de Porto-Novo avec les méthodistes «côté synode». La difficulté est donc réelle surtout que de nouvelles confessions chrétiennes naissent de jour en jour comme des champignons et refusent la dénomination de sectes.
Le niveau de communion ecclésiale
Le mouvement oecuménique entend répondre à la prière sacerdotale du Christ, dans l’Evangile selon Saint Jean (Jn 17,21) : «Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé... ». L’oecuménisme commence à influencer les discussions, les débats, surtout entre les responsables de communautés; des actions communes sont entreprises, des célébrations de prière sont organisées. C’est l’esprit de Vatican II qui fait son chemin. Du chemin pourtant reste à faire tant au niveau international qu’au niveau national pour répondre à l’esprit de l’oecuménisme selon l’Eglise catholique à travers les propos du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens: «L’oecuménisme n’est pas contresigné par perte, mais par l’enrichissement mutuel, dont la compréhension authentique n’est pas que nous nous convertissions à une autre Eglise mais que tous se convertissent au Christ ; et en lui, qui est notre unité et notre paix, nous serons tous vraiment un. Ainsi nous ne défendons pas un oecuménisme de retour. L’oecuménisme n’est pas un chemin de retour, c’est un chemin en avant vers l’avenir. L’oecuménisme est une expression d’une Eglise en pèlerinage, du peuple de Dieu, qui dans son voyage est guidé, inspiré et soutenu par l’Esprit qui nous guide dans la vérité tout entière (Jean, 16, 13)».
Abbé Serge Bidouzo
Notes
1 L’unionisme né au XIXe siècle est abandonné avec Willem Visser’t Hooft, théologien hollandais qui deviendra le premier secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE ) en 1948.
Sources
Yves Congar, Chrétiens désunis. Principes d’un œcuménisme catholique, Paris, Cerf, 1937
Yves Congar, Chrétiens en dialogue. Contributions catholiques à l’œcuménisme, Paris, Cerf, 1964
Yves Congar, Diversités et communion. Dossier historique et conclusion théologique, Paris, Cerf, 1982
Walter Kasper, Manuel d’œcuménisme spirituel, Paris, Nouvelle Cité, 2007
Père Bruno, Le ministère de Pierre a-t-il un avenir oecuménique?, in Études 2003/3 - Tome 399, sur le site Cairn
Jean Guitton, Œcuménisme, 1986