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La diplomatie et la parabole des talents
Depuis quelques années, la loi Agoa qui lie les Etats-Unis à l’Afrique a favorisé l’entrée au pays de l’oncle Sam de certains produits du continent. Les impacts commerciaux varient d’un pays à un autre selon les initiatives ; ce qui a conduit l’ambassadeur Théodore Loko à comparer dans une réflexion l’effort des pays africains par rapport à cette loi à la parabole des talents.



« A celui qui a, il sera donné, mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a ». (Mt 25,29).
Quand des chrétiens expriment comment ils comprennent leur place dans le monde à travers les questions comme «qui est Dieu et ce que Dieu attend d’eux», la parabole des talents peut servir de texte de référence.
S’engager dans un travail sur la compréhension de cette parabole - travail d’intelligence de la foi - peut donc avoir de grandes conséquences, puisque c’est le sens de l’existence qui est en jeu.
Ici, il  s’agit tout simple-ment d’amener le chrétien et tout homme qui gèrent la coopération internationale à quelque titre que ce soit à prendre conscience du mal qu’il pourrait faire à son pays si jamais il laissait la moindre occasion de faire prospérer la moindre opportunité.
La toile de fond est l’élection du président Barack Obama dans la perspective des nouvelles tendances de la politique africaine des Etats-Unis d’Amérique.
Le cas d’étude concerne la loi AGOA, juste un exemple parmi tant d’autres pour montrer que les Africains doivent vraiment retrousser les manches.

La loi AGOA
L’Afrique possède tout le potentiel   dont elle a besoin pour  améliorer  ses perspectives de croissance économique par l’augmentation du commerce et en élevant ainsi le niveau de vie de la majorité de sa population.
C’est dans cette perspec-tive que le gouvernement américain a promulgué, le 18 mai 2000, la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA). La loi AGOA modifie le barème tarifaire harmonisé des Etats-Unis pour tenir compte des préférences commerciales en matière de vêtements et de textiles prévues par l’article 112 de la loi. Elle confère au service du représentant des Etats-Unis pour le commerce extérieur (USTR) le pouvoir de rendre publiques (en les diffusant dans le « Federal Register ») leurs décisions relatives à la question de savoir si un pays a établi un système de visas efficace et s’il remplit les conditions douanières prévues dans l’article 112 de la loi.
Le visa concerne 6000 produits. Mais les Américains accordent une préférence particulière aux produits textiles.
Le Bénin compte parmi les premiers pays d’Afrique subsaharienne   bénéficiaires de  cette  loi. Le 21 janvier 2004, le gouvernement américain a accordé officiellement au Bénin l’agrément au visa textile pour que notre pays puisse bénéficier des avantages découlant de la loi AGOA.
Le bénéfice de la loi a été prorogé jusqu’en 2015 par le président Georges W. Bush.
L’AGOA est  un     méca-nisme de coopération commerciale qui institution-nalise un processus en vue de renforcer les relations entre les États-Unis et les pays africains et offre aux pays africains des incitations pour les encourager à entreprendre des réformes politiques et économiques. Elle offre aux pays bénéficiaires d’Afrique subsaharienne un accès en franchise de douane et sans contingent au marché américain pour pratiquement tous les produits prévus dans le Système généralisé de préférences (SGP), améliore la sécurité pour ceux qui investissent dans les pays africains et qui commercent avec eux en garantissant que les avantages du SGP seront maintenus pendant 8 ans et supprime la limitation du SGP en matière de concurrence pour les pays africains. En outre, la loi établit un Forum de coopération commerciale et économique Etats-Unis/Afrique subsaharienne pour faciliter des entretiens périodiques portant sur la politique commerciale d’investissement et encourage le recours à l’assistance technique pour consolider les réformes et le développement économiques, notamment l’aide destinée à renforcer les relations entre les entreprises américaines et les entreprises d’Afrique subsaharienne.
Plus spécifiquement, l’AGOA supprime tous les contingents applicables aux textiles et aux vêtements en provenance d’Afrique subsaharienne et élargit l’accès en franchise de douane et sans contingent au marché américain pour les vêtements fabriqués en Afrique subsaharienne à l’aide de fils et de tissus qui n’existent pas aux États-Unis. En outre, la loi étend le traitement en franchise de douane et sans contingent aux vêtements faits en Afrique avec du cachemire et certaines laines mérinos, ainsi qu’aux vêtements fabriqués en Afrique avec de la soie, du velours, du lin et d’autres tissus qui ne sont pas produits en quantités commerciales aux États-Unis.

L’état des lieux
Depuis l’entrée en vigueur de l’AGOA en 2000, les échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique ont augmenté de 115 %. Cette loi est l’un des meilleurs textes législatifs que le Congrès ait votés et l’une des meilleures idées que le gouvernement des États-Unis ait mis en pratique. Elle a déjà donné de bons résultats, mais ceux-ci devraient être bien plus importants à l’avenir.
Grâce à cette loi, les pays africains accordent de plus en plus d’importance aux investissements étrangers, à l’adoption d’une politique économique judicieuse, qui doit s’accompagner d’un régime démocratique et d’une bonne gouvernance, car en l’absence de ces deux derniers éléments, un pays aura de grandes difficultés à susciter le développement économique.
Un  rapport sur  le commerce entre les USA et l’Afrique  subsaharienne  rendu public en janvier 2002 tire un premier bilan de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (AGOA), un an après son entrée en vigueur. Les résultats de cette étude montrent une augmentation du niveau des échanges entre les USA et l’Afrique subsaharienne, même si ce sont seulement quelques pays qui en ont bénéficié. Les exportations africaines durant le 1er semestre 2001 ont atteint les 3 milliards de dollars. Le Nigeria se taille la part du lion avec des recettes s’élevant à 2,3 milliards, suivi du Gabon avec ses 448, 5 millions de dollars, de l’Afrique du Sud avec 135 millions, du Ghana, 18,9 millions, du Cameroun 16,2 millions et du Kenya avec 16 millions. Les exportations sont constituées essentiellement de produits énergétiques, loin devant les textiles et les minéraux.
Sur les 35 pays éligibles, moins d’une dizaine joue un rôle commercial significatif dans le cadre des échanges régis par l’AGOA. Cette caractéristique est encore plus visible lorsqu’on analyse la destination des exportations américaines. Ici c’est l’Afrique du Sud qui arrive en tête avec 2,3 milliards de dollars d’importations, suivie du Nigeria avec 703 millions et du Kenya, de la Namibie et de l’Angola, avec respectivement 519 millions, 230 millions et 209 millions de dollars. La plupart des pays éligibles rencontrent de grandes difficultés à se conformer aux normes de l’AGOA. Si pour certains, les contraintes sont d’ordre politique (absence de démocratie, problèmes de respect des droits de l’Homme etc.) pour d’autres par contre, ce sont les normes de qualité exigées par l’AGOA qui constituent des entraves à l’entrée de leurs produits sur le marché américain.

Le 3e serviteur
Certains pays africains se comportent comme le 3e serviteur. A ce sujet, il paraît intéressant de mettre en parallèle les nouvelles tendances de la politique africaine des Etats-Unis d’Amérique avec la parabole des talents.
La politique américaine en Afrique restera plus ou moins identique, quel que soit le vainqueur des présidentielles du 4 novembre aux Etats-Unis. Tel a été le consensus au séminaire de la Commission économique de l’ONU pour l’Afrique  à Addis Abeba sur les implications de ce scrutin pour le continent africain.
Steven Ekovitch, l’une des têtes  d’affiche du séminaire, a dit aux diplomates et officiels africains présents de ne pas s’attendre à une politique plus favorable en cas de victoire du candidat favori de l’Afrique, Barack Obama, dont le père était Kenyan.
«Mais je vous dirai par contre ceci : un président africain-américain sera plus sévère à votre égard qu’un président blanc. Il peut vous traiter avec amour et rigueur, comme on dit aux Etats-Unis. Il pourra vous dire ce qu’un autre chef de l’exécutif ne pourrait pas : Mes frères et sœurs africains doivent faire mieux dans les domaines de la lutte contre la corruption, de la promotion de la démocratie et de la réduction de la violence», a souligné le professeur Ekovitch, en rappelant que Barack Obama n’a pas hésité à agir de la sorte à l’égard de ses compatriotes africains-américains.

La parabole des talents
(Mt 25,14-30)
«Car il en est comme d’un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens ; et à l’un il donna cinq talents, à l’autre deux, à l’autre un ; à chacun selon sa force particulière, et il partit. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même aussi celui qui en avait deux, en gagna deux autres. Mais celui qui en avait reçu un, s’en étant allé, creusa dans la terre, et y cacha l’argent de son Seigneur. Or, après un long temps, le Seigneur de ces serviteurs revient, et il règle ses comptes avec eux. Et celui qui avait reçu les cinq talents, s’approchant, présenta cinq autres talents, et dit: Seigneur, tu m’as remis cinq talents; en voici cinq autres que j’ai gagnés. Son Seigneur lui dit: Bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup, entre dans la joie de ton Seigneur. Celui qui avait reçu les deux talents, s’approchant aussi, dit: Seigneur, tu m’as remis deux talents; en voici deux autres que j’ai gagnés. Son Seigneur lui dit: Bien, serviteur bon et fidèle ; tu as été fidèle en peu de chose, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton Seigneur. Mais celui qui avait reçu un seul talent, s’approchant aussi, dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n’as pas semé, et qui ramasses où tu n’as pas répandu ; et ayant craint, je suis allé, et j’ai caché ton talent dans la terre ; voici, tu as ce qui est à toi. Mais son Seigneur lui répondit : Méchant et paresseux serviteur, tu savais que je moissonne où je n’ai pas semé, et que je ramasse où je n’ai pas répandu ; il te fallait donc porter mon argent aux banquiers, et à mon retour j’aurais retiré ce qui est à moi avec l’intérêt. Otez-lui donc le talent, et donnez-le à celui qui a les dix talents. Car à tout homme qui a, il sera donné, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a. Et jetez le serviteur inutile dans les ténèbres de dehors ; là seront les pleurs et le grincement des dents».

Conclusion
Nous sommes disciples de Jésus-Christ, qui a été au milieu des hommes comme un serviteur. C’est en serviteurs que nous voulons prendre notre place dans la société dont nous faisons partie, attentifs aux besoins et aux détresses de notre monde. Chrétiens et citoyens, nous sommes convaincus que l’Évangile garde toute sa pertinence pour la société d’aujourd’hui. Nous ne voulons ni nous désintéresser de la cité, ni lui imposer nos convictions, mais nous ne saurions l’aimer et la servir sans dialoguer avec le monde, faire entendre notre voix et y prendre des responsabilités.
Nous affirmons que l’amour du prochain doit nous amener à une citoyenneté active, dans un esprit de service de la collectivité, car la foi sans les œuvres est morte. Les chrétiens, par leur engagement dans la cité, veulent être témoins du Royaume d’amour, de justice et de paix voulu par le Christ, qu’il nous demande de manifester déjà, mais que lui seul établira pleinement quand il reviendra. Cet engagement peut prendre de multiples formes : actions individuelles, engagement associatif, exercice d’un mandat politique, etc. Certes, parce que la nature humaine est marquée par le péché et que le pouvoir expose à bien des tentations, parce que les situations sont complexes et changeantes, nous  nous souvenons que tout engagement politique reste de l’ordre du relatif. Mais nous affirmons que cette lucidité ne doit pas être pour l’Église prétexte  à  passivité devant un bien à faire ou un mal auquel il faut résister. Elle va de pair avec l’espérance que nous plaçons dans le Dieu vivant. Nous savons que rien ne lui est impossible et qu’il peut tracer des chemins là où il n’y en a pas.

Théodore C. Loko
Ambassadeur
Enseignant chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi

 



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