Il est providentiel que nous célébrions l’inauguration du nouveau philosophât de Saint Paul ce jour de sa conversion et pendant l’année paulinienne, qui est un événement qui doit profondément marquer l’ambiance spirituelle et culturelle de ce séminaire.
1. Parce que nous nous trouvons ici dans la communauté du philosophât catholique du Bénin, il serait utile de dire quelques mots au sujet de saint Paul et la philosophie. Parfois, on dit que Paul s’opposait à la philosophie, et on cite Colossiens 2,8 pour confirmer cette opinion : «Veillez à ce que nul ne vous prenne au piège de la philosophie, cette creuse duperie à l’enseigne de la tradition des hommes, des forces qui régissent l’univers et non plus du Christ». Bien sûr, Paul avait peu de patience avec certains qui se considéraient comme des philosophes, par exemple, les épicuriens ou ceux qui réduisaient la philosophie à la rhétorique ou ceux qui discutaient sans fin et sans engagement moral de la littérature ou ceux qui faisaient des spéculations fantastiques de tout genre, inclus sur les «forces qui régissent l’univers». Mais la philosophie qui cherchait ce que l’on appellerait plus tard les «semences du Verbe» était une autre question.
Paul, même s’il n’était pas un philosophe de profession, était quand même sous l’influence des courants philosophiques importants de son époque, par exemple, le Stoïcisme «qui imposait… des devoirs à l’homme envers ses semblables, mais qui, dans le même temps, le libérait de tous les liens physiques et nationaux …» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 2.7.08). La Stoa enseignait une «doctrine de l’univers entendue comme un unique grand corps harmonieux, et en conséquence… l’égalité entre tous les hommes sans distinctions sociales [une pensée perfectionnée par la doctrine du Corps du Christ], … l’idéal de la frugalité, de la juste mesure et de la maîtrise de soi pour éviter tout excès [qui est devenu la vertu de persévérance en face de tant de difficultés]» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 2.7.08). Paul faisait ainsi un discernement de ce type que lui-même avait recommandé aux Philippiens : «Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte» (Ph 4, 8). En effet, «il ne fait que reprendre une conception typiquement humaniste propre à cette sagesse philosophique» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 2.7.08). A ce propos, on peut aussi mentionner les courants philosophiques qui influençaient l’attitude de Paul envers la religion traditionnelle décadente de l’empire romain. Il connaissait probablement Lucrèce qui, déjà un siècle auparavant, dit que cette «religion a conduit à tant de méfaits» (De rerum natura, 1, 101). Il trouvait une certaine sympathie avec Sénèque «qui, en allant bien au-delà de tout ritualisme extérieur, enseignait que «Dieu est proche de toi, il est avec toi, il est en toi [une pensée que Paul porte à son accomplissement par l’enseignement de l’Esprit-Saint qui habite dans les fidèles. Cf. 1 Cor. 6, 19.]» (Lettres à Lucilius, 41, 1)» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 2.7.08).
Vous avez une tâche très importante, chers professeurs et séminaristes, celle d’entrer dans les courants philosophiques qui engagent l’homme dans la recherche de la vérité et reconnaissent la capacité de l’homme à apprendre ce qui ne vient pas de notre terre ou des inventions humaines, qui se réjouit dans la découverte des traces du Verbe et qui ne se limitent pas à ce qu’on peut observer et mesurer. Notre intelligence est plus grande que certains courants de pensée voudraient nous le faire croire. Les plus grands défis pastoraux du monde d’aujourd’hui sont d’abord d’ordre philosophique, de bon raisonnement. Profitez bien du temps que vous passerez ici pour approfondir votre connaissance. Rappelez-vous l’exhortation de Jésus : «Si tu savais la grâce de Dieu !» (Jn 4, 10).
2. Bien que ces questions soient importantes, la majorité d’entre vous, chers séminaristes, ne deviendront pas des philosophes de vocation. Vous suivez le chemin d’une vocation sacerdotale, pastorale et missionnaire, dans laquelle, avec le passage du temps et enrichis par vos expériences pastorales, vous découvrirez toujours plus l’utilité de vos études et efforts philosophiques.
La vie pastorale et missionnaire : La fête d’aujourd’hui est celle de la vocation de saint Paul et de sa conversion, après laquelle il mena une vie missionnaire et pastorale qui doit inspirer la nôtre. Dans sa vie, il y a eu un moment décisif de conversion à cette vocation, dont il y a plusieurs récits dans les Actes et les lettres de Paul.
Quel était le centre de la conversion de saint Paul et de la nôtre?
Tous les détails des récits sur la conversion de Paul, comme dans la première lecture, «se réfèrent au centre de l’événement: le Christ ressuscité apparaît comme une lumière splendide et parle à Saul, il transforme sa pensée et sa vie elle-même. La splendeur du Ressuscité le rend aveugle : apparaît ainsi extérieurement, ce qui était sa réalité intérieure, sa cécité à l’égard de la vérité, de la lumière qu’est le Christ. Et ensuite, son «oui» définitif au Christ dans le baptême ouvre à nouveau ses yeux, le fait réellement voir» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 3.9.08).
Le baptême, appelé par l’Eglise antique « illumination », guérit la cécité intérieure de Paul, il voit bien. Ici, il faut noter quelque chose de très important : Saint Paul a donc été transformé, non par une pensée, un processus psychologique, une maturation ou une évolution intellectuelle et morale. Il fut transformé « par un événement, par la présence irrésistible du Ressuscité, de laquelle il ne pourra jamais douter … Elle changea fondamentalement la vie de Paul » (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 3.9.08).
Voici « la clé pour comprendre ce qui était arrivé; mort et résurrection, renouveau de la part de Celui qui s’était montré [à Paul] et avait parlé avec lui. En ce sens plus profond, nous pouvons … parler de conversion. Cette rencontre est un réel renouveau qui a changé tous ses paramètres. Maintenant, il peut dire que ce qui auparavant était pour lui essentiel et fondamental, est devenu pour lui «balayures»; ce n’est plus un «gain», mais une perte, parce que désormais seul compte la vie dans le Christ» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 3.9.08).
Pour cela, le christianisme n’est pas une nouvelle philosophie ou une nouvelle morale comme certains philosophes voudraient faire croire. La philosophie doit nous aider à reconnaître la révélation du Christ, mais elle ne peut pas réduire le Christ ressuscité à une philosophie. Sans rencontrer réellement le Christ, nous ne sommes pas chrétiens. Même si nos expériences du Christ ne sont pas tellement dramatiques comme celle de saint Paul, le Christ vient nous rencontrer «dans la lecture de l’Ecriture Sainte, dans la prière, dans la vie liturgique de l’Eglise. Nous pouvons toucher le cœur du Christ et sentir qu’il touche le nôtre. C’est seulement dans cette relation personnelle avec le Christ… que nous devenons réellement chrétiens. Et ainsi s’ouvre notre raison» (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 3.9.08) à toute la sagesse du Christ et à toute la richesse de la vérité. Il faut donc prier le Seigneur de nous éclairer. L’étude de la philosophie n’exclut pas la prière et la foi en Dieu. Suivez le rythme de prière dans le programme du séminaire, qu’il vous ouvre à rencontrer le Christ. Pour faire de la philosophie, il faut avoir un cœur contemplatif, comme celui de la Vierge Marie. Ainsi «il nous donne une foi vivace, un cœur ouvert, une grande charité pour tous, capable de renouveler le monde» «(Pape Benoît XVI, Catéchèse du 3.9.08).
3. Cette rencontre, qu’est-ce qu’elle nous offre pour notre vocation d’évangéliser toutes les nations ? Dans la vie d’un séminaire, la rencontre avec le Christ a pour but le discernement et la formation d’une vocation pastorale et missionnaire, comme celle de saint Paul. Quel était le cœur de son élan missionnaire et pastoral ?
Au cœur de sa rencontre avec le Christ ressuscité, saint Paul a découvert le Christ crucifié.
Jésus Christ était « l’objectif de chaque effort qu’il accomplit pour annoncer l’Evangile, la grande passion qui soutient ses pas sur les routes du monde. Et il s’agit d’un Christ vivant, concret: le Christ - dit Paul - «qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi» (Ga 2, 20) » (Pape Benoît XVI, Catéchèse du 22.10.08). Il était saisi par le Christ. Cette conviction était tellement forte en lui qu’il a pu tout supporter pour le Christ qui l’a aimé et s’est livré pour lui. Voici toute la théologie de la croix qui était tellement importante pour Paul, et pour nous aussi. Il faut méditer jour et nuit, avec le cœur de Marie, sur ce témoignage de Paul. Un texte qu’il vaut la peine de lire et, oui, de mémoriser, parce qu’il montre la force de la croix dans la vie de Paul, est 2 Cor. 11, 21-28 : «Ils sont Hébreux ? … Israélites ? … de la descendance d’Abraham ? moi aussi! Ministres du Christ? - je vais dire une folie - moi bien plus! Dans les fatigues - bien davantage, dans les prisons - bien davantage, sous les coups - infiniment plus, dans les dangers de mort - bien des fois! Des Juifs, j’ai reçu cinq fois les trente-neuf coups, trois fois, j’ai été flagellé, une fois, lapidé, trois fois, j’ai fait naufrage, j’ai passé un jour et une nuit sur l’abîme. Voyages à pied, souvent, dangers des fleuves, dangers des brigands, dangers de mes frères de race, dangers des païens, dangers dans la ville, dangers dans le désert, dangers sur mer, dangers des faux frères! Fatigues et peine, veilles souvent; faim et soif, jeûne souvent; froid et dénuement; sans compter tout le reste, ma préoccupation quotidienne, le souci de toutes les Eglises» (Traduction TOB).
Pour comprendre plus profondément ce qu’il disait, je vous encourage à lire pendant cette année paulinienne au moins les Actes des Apôtres, dont 18 de ses 28 chapitres concernent saint Paul. Cette lecture nous montre aussi comment il a rempli la mission que Jésus ressuscité avait donnée aux Apôtres dans l’Evangile d’aujourd’hui. C’est une mission accomplie au milieu de tant de souffrances qui ne l’ont pas découragé parce qu’il était sûr que le Seigneur l’aimait. Sa réponse d’amour envers son Maître ne manquait jamais.
Méditez sur l’exemple de Paul. Méditez sur celui qui a aimé chacun de nous et qui a donné sa vie pour vous et pour moi. Etre saisi par le Christ, comme saint Paul, est le chemin indispensable pour éviter le scandale provoqué par ceux qui refusent ou négligent une nomination missionnaire pour des raisons qui ne méritent pas d’empêcher la mission de l’Eglise, par exemple : c’est trop loin ; ils ne parlent pas ma langue ; c’est une autre culture, un autre pays ; ils sont primitifs ; pas d’électricité, pas d’argent, pas d’amis là-bas ; pas de réseau cellulaire. Examinez tels prétextes à la lumière de l’exemple de saint Paul et surtout de Celui qui nous a aimés et a donné sa vie pour nous et tirez-en vos conclusions.
Chers amis, que la vie et l’exemple de saint Paul soient toujours votre inspiration. Essayez de le mieux connaître. Et surtout, laissez-vous saisir par Celui qui l’a aimé, Celui qui nous a aimés, avec lequel nous pouvons parler, qui nous écoute et nous répond et, par sa grâce, transforme aussi nos vies. Voici le secret pour être un vrai apôtre à l’instar du Patron de ce Grand Séminaire.