La Croix du Bénin: Cette 17e et dernière assemblée plénière de la Cerao est votre 3e assemblée depuis 9 ans en tant que secrétaire général. Pourquoi est-elle une assemblée toute particulière ?
Père Adoukonou : A considérer les fruits de leurs créations 45 ans après, on peut affirmer que les fondateurs de la Cerao vivaient véritablement dans le souffle de l’Esprit qui est le Maître de l’histoire. On voit qu’ils ont été non seulement participants au Concile Vatican II mais qu’ils ont devancé certaines idées du concile. Ils ont créé une Conférence régionale en 1963, entre la première et la deuxième session du Concile Vatican II qui devait statuer, deux ans plus tard en 1965, sur les conférences épiscopales comparées justement aux patriarcats du premier millénaire.
L’unicité de la Cerao vient du fait qu’elle n’est pas une association de conférences mais une réelle conférence. Par contre, nos frères anglophones de leur côté ont, en son temps, créé plutôt une association de conférences épiscopales.
Maintenant, nous sommes en train de travailler à fusionner les deux anciennes structures dans ce qu’on a appelé Association des conférences d’Afrique de l’Ouest (Aceao). Ainsi, ce ne sera pas seulement une association, mais une conférence de laquelle chacun des évêques, à titre personnel, sera membre. Maintenant, nous aussi nous devons devenir prophètes et recueillir l’Esprit qui inspirait nos évêques; pas seulement eux, mais nous aussi les prêtres et tout le peuple de Dieu. Pour la suite et et le devenir de la Cerao, nous avons vu les grands regroupements de personnes, de prêtres, de religieux, religieuses, du laïcat.
En s’adressant à l’assemblée des évêques, le Cardinal Diaz a utilisé le concept de la pastorale des grands ensembles.
Oui. Ce qui était déjà présent dans l’espace francophone (Cerao) est devenu plus explicite maintenant que les évêques francophones et anglophones se mettent ensemble pour créer une seule structure. C’est pour cela qu’à Abuja, en décembre 2007, il y a eu, à mon avis, des moments forts. Le premier fait est que la séance inaugurale de cette fusion s’est tenue dans les locaux de la Cerao. Second fait, l’événement a été considéré comme une nouvelle pentecôte.
Cette fusion est comme l’événement de la famille réconciliée.
Car si un évêque ne voudrait s’occuper strictement que de son diocèse, ou des diocèses d’un pays et que la guerre éclate à gauche, à droite, il sera débordé par les réfugiés. Par ailleurs, d’autres évêques cherchent à faire de l’inculturation, mais leurs peuples sont partagés entre le Nigeria et le Bénin, entre le Bénin et le Togo et entre le Togo et le Ghana. Les ensembles culturels sont fragmentés par les frontières artificielles. Il faut donc nécessairement une Conférence régionale pour cet espace culturel afin de répondre de la foi dans une cohérence culturelle. La pastorale des grands ensembles, c’est donc le sujet ecclésiastique qui peut répondre de la foi dans de grands espaces plus significatifs. C’est également la volonté de l’Eglise d’être présente là où nos leaders politiques sont entrain de tenter l’intégration. Même si certains acteurs politiques continuent de donner leur caution à la balkanisation de l’Afrique, d’autres s’efforcent pour que la Cedeao, l’Uemeo et l’Union africaine deviennent des réalités. Ils ont anticipé ce que l’Eglise fait. Nous avons d’ailleurs demandé un poste d’observateur permanent à la Cedeao; ils sont très favorables et n’attendent que nos statuts approuvés pour engager la procédure.
Jésus n’est-il pas venu pour unifier la famille de Dieu divisée au prix de sa vie? Donc cette volonté d’unification nous vient de lui. Ce Jésus n’a pas seulement unifié dans le passé, il est toujours à l’œuvre.
Il faut relever aussi que le travail ensemble permet l’harmonisation des méthodes pastorales. Déjà, la première génération d’évêques le voulait dans les statuts de 1964. Dans la mesure du possible, ils ont cherché à unifier nos méthodes d’action pastorales et en cela, ils ont été contents d’avoir travaillé ensemble, d’être en dialogue pour les méthodes. Chacun était respecté, chacun apportait sa part, faisait des synthèse utiles. Et les autres générations d’évêques ont pouruivi.
Quels sont les apports spécifiques de chaque conférence épiscopale dans le cheminement de la Cerao ?
On peut dire que le Burkina Faso a apporté la perspective de vivre en famille. On peut le dire même si l’Ucao vivait aussi la fraternité et qu’au Bénin, on s’efforçait de faire la conversion des racines culturelles pour prendre en charge la famille. C’est quand même du Burkina que la réalité de l’Eglise comprise comme Eglise-Famille de Dieu est venue.
Le Sénégal nous a apporté quelque chose avec le passage dans son histoire d’un philosophe comme Gaston Berger, philosophe de la prospective. C’est le Sénégal qui a fait l’approche de planification la plus cohérente et qui l’a proposé, ce qui nous a valu le premier plan d’action pastorale.
La 2e chose qui a marqué nos pères et qui a constitué de faire la préoccupation des autres évêques c’est la méthode de travailler ensemble. Si on ne travaille pas ensemble, si chacun travaille dans sa pastorale de proximité, on ne pourra rien développer.
En somme, c’est quoi la pastorale des grands ensembles ? Les diocèses sont des églises particulières ou locales. Il y a des nécessités de médiation de proximité, de médiations rapprochée. Mais la pastorale des grands ensembles fait que l’évêque n’est pas à répondre seul de son diocèse. Il est comme le prêtre porteur d’une vocation à embrasser le schéma de l’Eglise universelle vers les églises particulières qu’on appelle les diocèses.
Propos recueillis par
Abbé André S. Quenum