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La crise financière actuelle: doit-on refonder le capitalisme ?
La crise financière qui frappe les Etats-Unis et quelques pays industriels européens depuis quelques mois révèle l’échec du capitalisme. Ceci a amené M. Athanase Gouhizoun à s’interroger sur sa refondation.



En réalité, la crise financière actuelle a bien plus besoin d’un nouveau Bretton Woods que de quelque autre mesure. Il est vrai que l’accord de Bretton Woods de juillet 1944 a jeté les bases d’un nouveau système monétaire international, en fixant des parités fixes pour les monnaies, un système d’étalon de change - or, un code de bonne conduite relatif à la liberté des changes et à la convertibilité des monnaies, et un mécanisme de crédits mutuels (Droits de Tirage DT). La mise en œuvre de ces règles relève du Fonds monétaire international (Fmi) et de la Banque mondiale créés à cette occasion. Mais Bretton Woods a déjà été modifié plusieurs fois et s’est progressivement disloqué à partir de 1968 avec la suppression du pool de l’or, puis celle de la convertibilité du dollar en or en 1971 et enfin avec la généralisation du fait du flottement des monnaies en 1973.
Point n’est besoin de rappeler que les Etats-Unis endossent une grande res-ponsabilité dans la dislocation de l’accord de Bretton Woods. Ce pays, nous le savons, est caractérisé par ses hauts déficits budgétaires (plus de 1000 milliards de dollars pour 2009) et par une hausse toujours anormale de la dette fédérale (10.000 milliards de dollars). Depuis les années 90, la politique monétaire des Etats-Unis a été toujours assouplie. Après les attentats du 11 septembre 2001, les taux d’intérêt ont même été abaissés à 1%. Cette réduction du coût de l’argent va fouetter la consommation des ménages américains, leurs achats de logements, les investissements des entreprises  et permettra aux  financiers  de  multiplier les   mécanismes  d’emprunts les plus sophistiqués et audacieux. Les ingrédients de la crise financière actuelle se mettent ainsi en place aux Etats-Unis.
La crise financière actuelle n’est donc pas le fruit du hasard. Elle n’était pas impossible à prévoir comme le prétendent aujourd’hui des hauts responsables politiques et financiers du monde. Mais là n’est plus la question. Au cours des 20 dernières années, le secteur bancaire dit «de l’ombre», n’a fait que croître. Il est peu  ou pas régulé du tout, dans un climat où les marchés financiers sont opaques et où il n’est point facile d’identifier ceux qui supportent et évaluent les risques. Les grandes banques dans le monde ont créé et distribué des produits financiers extrêmement  complexes et se sont même embarquées dans la vente de dettes liées à des emprunts immobiliers à haut risque. Des régimes de primes inadéquats encouragent d’importantes transactions spéculatives et les «paradis fiscaux» créent des facilités pour appâter les fonds spéculatifs.
Le développement de l’activité immobilière dans le monde est la principale cause de la crise financière actuelle. Aujourd’hui, du fait de l’augmentation constante des classes moyennes dans le monde, il y a une pression accrue sur le marché  immobilier dans les villes. Du coup, l’immobilier n’est plus un simple acteur économique, mais  aussi un produit  d’investissement,  puisque plus d’un tiers de l’épargne mondiale des particuliers lui est dédié. Mais écrivons-le tout de suite, ce ne sont pas les ménages qui sont à l’origine de la bulle spéculative, mais essentiellement les investisseurs institutionnels et les fonds divers qui vont alimenter la tendance haussière naturelle de ce marché où ils ont placé à travers le monde plus de 10.000 milliards de dollars dans le secteur au cours des 8 dernières années. D’un côté, le désir, spontané ou non, de nombreux ménages d’accéder à la propriété et de l’autre, celui de l’industrie financière de recycler une partie de ses liquidités dans les prêts très rémunérateurs à destination des particuliers, entrainera la bulle spéculative. Des banques ont même octroyé des crédits immobiliers à des ménages aux revenus très modestes en calculant leur capacité d’emprunt sur la valeur de la maison achetée. Tant que les prix immobiliers progressaient, ce système fonctionnait. Mais lorsque l’immobilier a commencé à se replier aux Etats-Unis en 2007, l’effet pervers de cette mécanique s’est enclenché. Les ménages n’ont plus été capables de rembourser leurs emprunts, et les établissements de crédits qui les avaient accordés se sont effondrés. La crise s’est ensuite diffusée à tout le système financier par le canal de la titrisation, cette technique née dans les années 70 consistant à transformer des prêts bancaires en obligations achetées par des investisseurs du monde entier. Ainsi donc, la crise est la conséquence des excès observés sur le marché du crédit aux Etats-Unis.
Aujourd’hui, la dette cumulée des ménages, des entreprises financières et non financières et des autorités publiques américaines représente plus de trois fois le produit intérieur brut (Pib) des Etats-Unis, deux fois le niveau enregistré lors du krach boursier de 1929. C’est donc une crise sans précédent que le monde connaît actuellement. L’immobilier, l’automobile, les compagnies aériennes sont entre autres les secteurs les plus touchés. Aux Etats-Unis, depuis le déclenchement de la crise en septembre 2008,  l’on a enregistré 1,5 millions de chômeurs en plus et près de 600.000 suppressions d’emplois depuis janvier 2009. Tous les autres pays du G 20 sont aussi touchés à des degrés divers et malheureusement, chaque pays semble réagir à sa manière en cherchant d’abord à sauver les banques. Aux Etats-Unis, le plan Paulson, mis au point en octobre 2008, prévoit 700.000 milliards de dollars pour soutenir les banques; en France, 320 milliards d’euros pour les banques et 26 milliards pour sauver l’emploi; en Allemagne, on préfère stimuler la consommation et empêcher une flambée du chômage.
Et pourtant, deux grandes leçons se sont dégagées de la déflation des années 1930: enrayer la cascade des faillites bancaires, privilégier des solutions coopératives au plan international pour éviter la spirale des barrières protectionnistes et des dévaluations compétitives. Mais la  coopération internationale indispensable à la résolution de la crise actuelle est inexistante pour le moment. Le récent Sommet de Davos en Suisse n’a fait aucune avancée significative dans ce sens même si le premier ministre britannique Gordon Brown a mis en garde contre la tentation protectionniste. Ce qui est réel, c’est que tous les plans de relance dans les grands pays industrialisés, montrent une certaine intervention de l’Etat dans la vie économique. Partout dans les pays capitalistes touchés par la crise, l’on s’accorde sur le fait que les marchés libres ne sont plus la meilleure façon d’organiser les économies. Le président Obama veut plafonner les salaires des hauts dirigeants des banques et  éviter les «bonus» qui leur étaient accordés. Le président Sarkozy exige un contrôle plus accru des institutions financières, surtout des «Paradis fis-caux», une «refondation du capitalisme». Mais de là à demander un «nouveau Bretton Woods» comme le roi des Belges, il y a un grand pas à franchir, car un «nouveau Bretton Woods ne se bricole pas en quelques semaines; les accords préliminaires en 1944, furent préparés pendant plus de deux ans.

Athanase Gouhizoun
Professeur

 

 



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