La Croix du Bénin: Vous avez 80 ans de vie, Mgr. C’est une grâce. Quels sont vos sentiments ?
A 80 ans, je dis merci à Dieu pour la vie qu’il m’a donnée; qu’il a protégée et qu’il a fait grandir jusqu’à ce jour. Et quand je porte un regard retrospectif sur mon enfance, je dis un grand merci à ma famille, une famille profondément chrétienne où a germé ma vocation au sacerdoce depuis le tendre âge de 6 ou 7 ans. Pour concrétiser cette vocation, il y a eu d’abord les études profanes à l’école publique car l’école catholique n’existait pas encore en ce moment. Ensuite, j’ai fait le Petit Clerc, le petit séminaire et tout le reste de mon parcours qui m’a conduit à l’ordination sacerdotale le 21 décembre 1957 dont nous avons célébré les 50 ans en 2007.
Tout n’a pas été parfait et nous n’avons pas à nous enorgueillir de ce que le Seigneur accomplit dans nos vies, malgré nos faiblesses. Le Seigneur m’a même appelé comme évêque et envoyé sur une terre de première évangélisation. Avec ou après 80 ans de vie au service de la vie consacrée, il me faut vivre le radicalisme évangélique et c’est là où j’arrive à l’essentiel.
Il me faut encore à 80 ans rencontrer plus profondément encore le Christ obéissant, pauvre et chaste dans la clarté d’une vie qui se fait tout à tous. Là aussi, ma devise s’impose à moi: Il les aima j,usqu’au bout». Car le Christ nous aime profondément. Je n’ai rien donné aux gens que ce que j’ai reçu du Seigneur. Je n’ai été qu’un instrument entre ses mains. J’ai aussi beaucoup appris des communautés. Elles m’ont vraiment édifier par leur foi et leur vie. A mon âge, je dois encore apprendre à aimer Jésus-Christ, à l’imiter, le laisser grandir en moi et pouvoir dire comme Saint Paul, «ma vie, c’est le Christ». Oui il faut après tout ce parcours qui a été l’œuvre de sa grâce que je parle comme Jean-Baptiste : «Il faut qu’il croisse et que moi, je diminue». Car le Christ est véritablement le Sauveur. Actuellement, il faut que le Christ croisse véritablement dans notre monde où règne la pauvreté. Pour ma part, il faut créer la richesse pour lutter contre cette pauvreté, faire régner la présence de Dieu et créer des événements heureux.
Comment va Mgr ?
A un certain âge, on pense à tant de choses qu’on aurait pu faire. Si la vieillesse n’est pas une maladie, c’est quand même un poids. Mais je ne me plains pas et je remercie Dieu. La vie ne nous appartient pas. Ce qui nous appartient, c’est de vivre l’amour pour ne pas perdre ces quelques heures que le Seigneur nous donne de vivre et de se dire à soi-même : je n’ai rien qu’aujourd’hui.
Quelles intentions de prières voulez-vous que nous portons pour vous ?
Si j’ai une intention de prière à demander à tous, c’est celle de Mt 5, 48 : «Soyez parfaits comme votre Père est parfait», c’est-à-dire devenir Dieu. Et devenir Dieu, c’est devenir Amour. En cela je retrouve ma petite amie d’enfance, la petite Sainte Thérèse, pour qui notre vie chrétienne consiste à être Amour au cœur de l’Eglise. Je demande aussi habituellement de prier pour ma sainteté et surtout pour ma conversion et cela étonne les gens. Non ! Nous en avons tous besoin !
Propos recueillis par
Sr Valérie Zinsou