Des lettres de félicitation, le nouveau président des USA en a reçues de la part de ses pairs africains. Ces lettres lues sur les antennes de radiodiffusion sonore ou lors du journal télévisé n’ont pas manqué d’amener certains présentateurs du journal parlé du continent à donner libre cours à une inflexion de voix ou à afficher un sourire . Une attitude qui révèle au grand jour la situation de certains pays du continent où l’instabilité politique est en train de passer pour une option politique délibérément choisie par certains régimes qui se sont affublés des dénominations «démocratie, bonne gouvernance» et dont les populations, de jour comme de nuit, préfèrent mourir debout plutôt que de continuer à vivre à genoux. La grande question à se poser ici, est de se demander si ce sont les chefs d’Etat qui doivent adresser ces lettres à Obama ou si c’est leur peuple qui devrait le faire à l’égard du peuple américain? Devrions-nous continuer à assimiler le chef de l’Etat à la nation qu’il devrait incarner ou commencer à distinguer les deux entités pour voir s’il faille les unir ou continuer à mieux les distinguer ? Plus que Obama, c’est le peuple américain qui est à féliciter pour son sens de réalisme, pour son choix politique et sa volonté de se repositionner sur l’échiquier international comme la terre natale de la démocratie. La victoire de Barack Obama est celle de tout un peuple. Lui-même l’a signifié dans son premier discours après la victoire. Le sursaut patriotique des USA demeure pour l’Afrique subsaharienne une école où elle devra inscrire ses dirigeants politiques pour les aider à se départir des intérêts personnels qui leur tiennent au cœur. Le «yes, we can» de Barack Obama n’est pas un slogan politique, il traduit le réalisme d’un homme dont le cœur bat au rythme des besoins d’un peuple qui veut aller plus loin dans la voie de la démocratie et de la bonne gouvernance. Le «nous collectif» est la volonté politique d’un homme qui résume en sa personne toutes les nobles aspirations d’une nation. Nourri dans le sérail du pragmatisme américain, Obama en connaît bien les détours. Il n’a ménagé aucun effort pour s’inscrire à l’école de la démocratie américaine pour que sa personnalité soit forgée par les vertus de responsabilité, d’humilité, de vérité. Déjà lors de la campagne présidentielle, il n’était pas seul face aux militants. Il avait sa petite famille avec lui. Nous sommes ici loin des campagnes électorales à l’ africaine où les candidats sont seuls et presque jamais entourés de leur famille. Le «yes, we can» de Barack Obama traduit avant tout le soutien moral de sa petite famille sur le terrain de la campagne électorale. Rien n’est gratuit dans cette présentation qu’il fait de sa famille. Celui qui ne peut pas diriger sa famille, ne peut pas se prévaloir de conduire les destinées d’une nation. La présence de son épouse lors de la campagne est aussi un indicateur plein de sens. Nous sommes toujours loin des campagnes électorales à l’africaine où la première dame n’est connue qu’après la victoire de son époux. Parfois elles sont nombreuses, les premières dames et une fois l’élection et par respect pour la nation incarnée désormais par leur époux, une d’entre elles est officiellement présentée à la presse et à la nation au grand mécontentement des écartées. On n’est pas «première dame» après les élections mais pendant la campagne électorale. Enfin la présence de Barack Obama lors de la campagne présidentielle a notamment révélé toute la structuration de sa personnalité. Tout son corps communiquait avec les militants; c’est aussi cela le pragmatisme américain. Convaincre non seulement par des slogans et des promesses ou encore des discours parfois ampoulés de rhétorique. Obama était sobre et naturel en gestes, en voix, en émotion et ce naturel et cette sobriété se font remarquer à travers le timbre de sa voix, ses gestes, son corps. Il était pleinement conscient que l’instrument de l’orateur Obama, c’est d’abord et avant tout lui-même. Son corps était le «biotexte» de son message, c’est-à-dire le présupposé vital de son discours. A l’investiture, il fit encore preuve de cette spontanéité qu’exige la culture américaine. Contrairement aux chefs d’Etats africains qui délivrent un discours programme dûment rédigé, il s’est montré véritablement américain en communiquant avec son peuple. De la campagne à l’investiture, il a plus écouté que parlé. Cette technique de communication qui est celle de l’oralité «dialoguée» est nécessaire aux dirigeants africains car l’oralité est une des meilleures théories de communication dont disposent les cultures africaines. Les dirigeants africains ont beaucoup à apprendre de ce qu’il convient d’appeler «l’exception américaine» pour «cultu-raliser» les campagnes électorales. On pourrait ainsi rêver d’avoir un jour dans la sous-région des résultats d’un vote sans contestation et surtout sans recours à la Cour Constitutionnelle. Enfin des promesses de campagne à l’exercice du mandat présidentiel, il y a toute une stratégie que Obama a rapidement mis en place. Il est conscient que la réussite de ce mandat est d’abord celle de tout le peuple américain grâce aux collaborateurs dont ils se seraient entourés. Il est rare qu’un gouvernement qui joue sur le clavier des collaborateurs compétents détonne. Pas de création de poste pour récompenser telle ou telle personne. Pas de création de postes fictifs pour «caser» telle ou telle personne. Tout se joue sur l’écran de la transparence. Plutôt que de nous vanter d’avoir à la tête de la première puissance du monde, un «africain» ou même un «kényan», nous devrions nous dire que s’il a la peau noire comme nombre d’africains, il a en revanche un cœur qui n’a pas de commune mesure avec celui de la plupart de nos dirigeants africains. Rouge est le sang de Barack Obama, noir ou métis ou encore blanche est la couleur de sa peau selon la position adoptée mais patriotique est le sens de l’engagement de son cœur aux côtés du peuple américain et de l’humanité.
Abbé Cyriaque Guédé
Djougou (Bénin)