«Venez et vous verrez»
En 1992, un prêtre béninois venu pour des études de droit canonique à Aix-en-Provence exprimait le désir de créer une bibliothèque en brousse, lors de son retour au Bénin. A son départ, nous lui promettions de lui envoyer des livres....
En 1994, le premier envoi de livres eut lieu : quatre cantines de livres divers.
Nous n’avions pas connaissance des difficultés que pouvait rencontrer au Bénin, l’acheminement des livres, leur placement en rayonnage pour en donner l’accès aux lecteurs.
De plus, nous nous posions beaucoup de questions sur le choix des livres à envoyer, les lieux où ils seraient mis à disposition des lecteurs et le public à qui ils seraient destinés.
Soucieux de poursuivre cette action dans de bonnes conditions, les quelques bénévoles réunis par cette activité, exprimèrent leurs doutes à l’un des prêtres venu en 1995.
Envoyé, lui aussi, par son évêque, il nous apprit que Mgr de Souza devait venir rencontrer à Aix-en-Provence, notre évêque.
Le père Jonas Ahouansou nous conseilla de poser nos questions, directement à son évêque, lors de sa venue.
Nous ne connaissions de Mgr de Souza que son nom, savions qu’il était responsable du diocèse de Cotonou et que les prêtres à qui nous adressions des livres étaient de son diocèse.
Pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous ne pûmes tenir une réunion dans les locaux de notre paroisse et nous décidâmes d’inviter Mgr de Souza chez nous, pour y rencontrer les personnes qui participaient à la collecte de livres.
C’était le 12 avril 1996, nous étions quatorze et notre salle étant trop petite pour nous permettre d’être tous, autour d’une table, nous avions disposé chaises et fauteuils tout autour de la pièce. Mgr de Souza est arrivé, très souriant, conduit par le père Jonas. D’un abord très simple, affable, il sut mettre tous les participants à l’aise par quelques mots. Nous nous sommes trouvés tout de suite en grande sympathie.
Tour à tour, nous posions des questions qui, aujourd’hui, nous paraissent bien naïves, quelque peu inconvenantes, du genre :
- Avez-vous vraiment besoin de livres ?
- A qui faut-il en envoyer ?
- Le prêtre n’en aura-t-il pas assez sous peu ?
Tout en partageant un petit repas (que chacun mangeait à sa place et sur ses genoux, faute de place)… Monseigneur tout simplement, répondait à nos questions.
- Oui, vous pouvez si vous le voulez, continuer ces envois.
- Oui, nous avons beaucoup de besoins.
- Il faudra toujours d’autres lieux où vous pourrez le faire et Monseigneur ajoutait (presque après chaque réponse) «…Venez et vous verrez…»
A la fin de cette soirée très conviviale, nous avons noté que notre action désormais, ne pourrait s’arrêter en chemin; lorsque Monseigneur nous quitta, nous étions convaincus certes, mais que savions-nous de plus ? Une phrase, une seule toujours la même que Mgr nous avait répétée au cours de la soirée: «Venez et vous verrez…».
Jamais je ne remercierais assez Mgr d’avoir mis ces mots dans nos têtes. Ils ont été le point de départ d’une belle aventure et d’une grande amitié qui nous a lié et nous lie encore avec le Bénin et certains de ses enfants.
A la fin de l’année 1996, «…Venez et vous verrez…» avait fait du chemin dans nos esprits. Un voyage vers le Bénin fut projeté et nous sommes arrivés un mercredi à Cotonou.
Le Père Jonas avait obtenu pour nous un rendez-vous avec Mgr de Souza, le jeudi matin, dès huit heures. Nous nous sommes rendus compte, peu à peu, de la grande chance que nous avions d’être ainsi reçus au Bénin.
Monseigneur nous accueillit sur le pas de la porte par un amical «Ah les Daniels, vous voici, entrez».
Monseigneur, lui dis-je, vous nous avez dit à Aix-en-Provence, «…Venez et vous verrez…», nous sommes ici et nous venons vous demander de nous montrer ce qui est à voir.
«Vous avez un chauffeur» nous fut-il demandé, «faites le entrer».
Romuald entendit les consignes : «Tu vas les emmener ici et là et encore là…».
Et Monseigneur décrocha son téléphone, pour annoncer notre visite en un certain lieu.
Je me souviens d’une phrase «… et n’oublie pas, tu leur montres tout, tout et tout…».
Nous avons passé quinze jours au Bénin cette année-là, et grâce à Monseigneur, nous avons vu et compris ce qu’il nous restait à faire.
Dès notre premier séjour, nous avons appris à connaître la grande figure qu’était Monseigneur aux yeux de tous les Béninois. Je ne sais pas si, ayant su tout ce qu’il était, avant notre première rencontre, nous aurions agi de la même façon. Monseigneur lui, avait su nous accepter tels que nous étions et partager la simplicité de notre accueil, de nos propos.
A la première entrevue au Bénin, il nous donnait sa confiance, nous ouvrait largement les portes, sans vraiment nous connaitre....
Au retour, nous avons déposé les statuts de l’Association, qui vit encore aujourd’hui.
Nous avons revu Monseigneur ensuite chaque année.
Toute cette confiance qu’il nous montrait, cette simplicité dans l’accueil resteront à jamais gravées en nous. La façon de répondre à toutes les questions posées par notre groupe, était la marque d’un fin pédagogue : proposer et ne pas imposer, faire germer la réflexion et respecter la liberté de chacun de nous à donner sa propre réponse.
A chaque visite, nous avons appris de lui, essayé de mériter la confiance qu’il nous faisait .....
Aujourd’hui encore, je sais qu’il ne nous a pas oubliés et qu’il continue à nous aider à cheminer!
Aix-en-Provence le 3 août 2008
Danielle Page
Association Rencontre et Culture avec le Bénin