Isidore, merci
Tu viens de nous quitter ; brusquement tes yeux se sont fermés. Tu étais dans cette ville bouillonnante du Bénin, Cotonou, où tous te connaissaient comme évêque.
Isidore, mon frère, toi l’Africain, au si beau visage et au regard si plein d’humanité, comme beaucoup d’autres, tu m’as fait découvrir des horizons merveilleux.
Ton rire large comme ta voix chaleureuse apportaient une telle puissance de douceur et de paix. Même chargé des plus hautes fonctions (on t’avait confié, dans une période dramatique pour ton pays, la responsabilité de président du Haut Conseil de la République), tu es resté habité par la volonté de servir les plus faibles de la terre. Alors je n’oublie pas ton action auprès des enfants des rues, tes réalisations dans ce coin abandonné de la lagune au bord de la mer où nous ne pouvions nous rendre qu’avec des pirogues fragiles, ton soutien à tous les organismes humanitaires, ton intelligence étonnante ; tu passais de l’anglais à l’italien, à l’allemand, au français comme moi je passe d’une chambre à une autre. Sur les sujets difficiles de l’économie et de la politique, tu étais reconnu comme compétent. Et au cœur de cette vie remplie, tu étais rayonnant de ta foi en Jésus-Christ. Je te vois au milieu de milliers d’enfants à Sainte Rita de Cotonou. Notre dernière rencontre remonte au mois d’août à Assise, en Italie, pour les 60 ans de prêtrise de l’abbé Pierre avec le Cardinal Etchegaray. Quelle messe pleine d’espérance au lever du jour dans la nature ! Oui, Isidore de Souza, Africain, prêtre, évêque, tu étais d’abord un homme, frère de tous les humains. Ton amour du prochain laissait transparaître Dieu. >Tu es mort dans la force de l’âge en quelques secondes. Nous avions encore besoin de toi. A nous de retrousser les manches. Tu as connu aussi la souffrance et l’échec à la suite de Jésus. Mais tu étais sûr de la puissance du Ressuscité de Pâques… Vis bien chez Dieu sur l’Afrique et sur le monde.
Père Jean-Marie Viennet
Vicaire général du diocèse de Belfort-Montbéliard
In Elle est verte la camionnette
P. 133-134