Au-delà de l’hypocrisie:
Le courage de la vérité
Une certaine presse occidentale a soulevé un tollé mondial sur les déclarations du Pape Benoît XVI à propos du préservatif. De quoi l’accuse-t-on? Procès lui est fait d’avoir osé parler des risques du préservatif. Qu’a-t-il dit de si répréhensible ? Il a simplement restitué la position de l’Eglise catholique. Parlant du préservatif par rapport à la lutte contre le Sida, il affirmait le mardi 17 mars 2009, au début de son premier voyage en Afrique : «Je dirais qu’on ne peut pas surmonter ce problème du Sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n’y met pas l’âme, si on n’aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d’augmenter le problème». Voilà donc la phrase incriminée. Qu’a-t-elle de si critiquable? Quelle est la marque de nouveauté dont elle est estampillée? En définitive qu’a dit le Pape qui soit inédit?
Rien. Assurément rien si ce n’est peut-être que c’est bien la première fois qu’un Pape prononce officiellement le mot préservatif. Chez nous, un prestigieux pasteur, Mgr Pascal N’Koué, a précédemment critiqué ouvertement le préservatif : «La lutte contre le Sida à l’aide des préservatifs est en cours depuis des années mais le Sida va toujours galopant. N’est-ce pas déjà une preuve de son inefficacité? Il n’a pas été inventé pour lutter contre le Sida. Il a été fabriqué pour limiter les naissances. Comme tel, son taux d’échec varie entre 10 et 20% selon L’Oms. C’est énorme. Et ceci quand le préservatif est bien confectionné et bien conservé. Si le spermatozoïde arrive à passer à travers le préservatif à plus forte raison le virus du Sida qui est 450 fois plus petit. Le préservatif n’arrêtera pas le Sida. Car il n’est pas une protection absolue. Se taire, c’est contribuer à la propagation de ce mal. Pour la prévention contre le Sida, l’Eglise préconise deux moyens : l’abstinence et la fidélité à son conjoint. Ces propos du prélat de Natitingou se passent de tout commentaire. Ils sont d’une clarté saisissante et d’une cohérence incontestable. Dans la foulée, des évêques catholiques de l’Afrique du Sud, du Botswana et du Swaziland de façon catégorique «considèrent la promotion diffuse et intempestive des préservatifs comme immorale et malencontreuse dans notre lutte contre le Vih/sida pour les raisons suivantes : l’usage des préservatifs va à l’encontre de la dignité humaine, les préservatifs changent le bel acte d’amour en une recherche égoïste du plaisir tout en rejetant la responsabilité, les préservatifs ne garantissent pas la protection contre le Vih/sida, les préservatifs peuvent même être une des raisons principales de la diffusion du VIH/ Sida»1.
Si le Pape n’a rien dit de nouveau, s’il n’a fait que puiser dans le patrimoine doctrinal de l’Eglise pour servir, au monde de ce temps abusivement manipulé par la dictature du relativisme, une nourriture qui vaille la peine, alors pourquoi ce charivari médiatique? Pourquoi ce vain tumulte pour parler comme le psalmiste? Pour avoir une certaine intelligence des mécanismes de cette agitation tapageuse aux fins de contrarier la vérité et de jeter le discrédit sur l’un de ses intrépides défenseurs dans le monde, recourons simplement à la Parole de Dieu. Avec Saint Jean, elle nous indique que : «Tout homme qui fait le mal déteste la lumière, il ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres ne lui soient reprochées». Jn 3, 20. Saint Paul nous prévient qu’«Un temps viendra où les gens ne voudront plus la saine doctrine ; alors ils se trouveront des maîtres à leur goût qui sauront comment chatouiller leurs oreilles. Ils fermeront leurs oreilles à la vérité et s’intéresseront à des fables» (2 Tim 4, 3-4). Ce temps ne court-il pas déjà? De toute façon, le remous qu’a suscité la déclaration du Souverain Pontife nous interpelle tous, chrétiens et hommes de bonne volonté. Il nous invite à ouvrir large les yeux pour entrevoir et voir les vrais enjeux de cette polémique suscitée à dessein. Une chose est sûre, ce n’est certainement pas la compassion pour les malades du Sida qui motive cette avalanche d’invectives et de propos discourtois à l’endroit du Pape mais plutôt une certaine politique dont l’une des visées est la maîtrise de la démographie africaine. Selon la thèse néo-malthusienne, une fécondité élevée ne peut assurer une rentabilité économique. Il faut alors pour un développement profond et durable des pays sous-développés maîtriser leur croissance démographique. En réalité pour des pays nantis, la démographie galopante de l’Afrique sub-saharienne est une bombe à retardement. Aussi investissent-ils des milliards pour endiguer l’évolution démographique de cette région du monde. Cette évolution pose véritablement problème à l’occident. Pour preuve, souvenons-nous de la psychose qui déferla sur le monde occidental, à l’annonce, dans les années 1970, de l’explosion imminente de la bombe «P», «P» comme population. On pensait alors aux conséquences directes d’un tel accroissement : épuisement des ressources non renouvelables, destruction à jamais des ressources naturelles renouvelables, pollution de l’air et des cours d’eau, massification des migrations des pauvres dans les pays riches. On s’interrogeait même sur la possibilité de la terre de faire vivre une population de 8, 10 ou 12 milliards d’habitants. De plus, à la conférence de Caire en1994, plusieurs délégués des pays riches ont insinué le caractère décisif des enjeux géopolitiques. Simone Weil, le délégué de la France a déclaré ce qui suit : «Dans l’état actuel de notre démographie, et si les choses continuent, nous risquons, nous Européens d’être de moins en moins influents par rapport au peuple d’autres continents qui, eux, ne cessent de croître»2. G. Pérol, alors ambassadeur de France en Egypte, l’avait ouvertement reconnu : «Ce qui est en jeu au Caire, c’est d’abord un problème politique : celui que pose l’expansion démographique, spécialement dans le tiers monde, et qui a conduit les experts de l’Onu à proposer une sorte de planning familial… Cette politique inspirée par Washington et appuyée, hélas, par la plupart des pays occidentaux, dont la France cherche en réalité à consolider les privilèges des pays nantis, hantés par la peur d’une redistribution des richesses»3. L’occident a peur d’être submergé par la marée humaine des pays pauvres, d’être acculé par une espèce d’impérialisme démographique, basée sur le nombre et le dynamisme de la jeunesse. De nos jours, c’est en Afrique où la fécondité est la plus élevée que la tendance à appliquer des politiques visant à réduire la fécondité est marquée. Jean-Paul II, dans son exhortation apostolique Familiaris consortio a fustigé cet état de chose. «Il faut, disait-il, stigmatiser comme gravement injuste le fait que, dans les relations internationales, l’aide économique accordée pour la promotion des peuples soit conditionnée par des programmes de contraception, de stérilisation et d’avortement provoqué». Dès lors le déversement massif de préservatifs peu fiables chez nous, sa distribution éhontée et impudique même aux enfants de la 6e participent bel et bien de cette politique et comme tel ne devraient pas nous surprendre. Ce qui est, cependant paradoxal, c’est la progression du sida sur notre continent, ceci en dépit des différentes politiques onéreuses mis en œuvre sur le terrain. Ces politiques semblent n’avoir servi qu’à banaliser et déshumaniser le sexe. Les conséquences éthiques manifestent avec acuité la gravité du problème. Du point de vue éthique, les mœurs sont de plus en plus relâchés, l’hédonisme est célébré et largement diffusé. Il l’est subtilement par la promotion de chaînes de télévision et de radio pour adolescent.
Face à cet état de chose, le fidèle laïc du Christ et toute personne de bonne volonté sont appelés à avoir, à l’instar du Pape, le courage de la vérité. Pour ce faire, il ne doit ménager ni prière, ni réflexion, ni témoignage de vie, ni engagement militant voire politique pour résolument contrer la diffusion et l’expansion de la culture de la mort. Il nous faut réagir contre la culture de la mort et agir en faveur du respect et de la promotion de la dignité de la personne humaine depuis sa conception jusqu’à sa fin biologique.
Ayons le courage de la vérité. Autrement, nous serions tous responsables des crimes abominables devant l’histoire.
Abbé Rock R. Aniambossou
Notes
1 «A Message of Hope» 30 juillet 2001, émis durant la première session plénière de la conférence épiscopale de l’Afrique du Sud au séminaire St. Peter, Pretoria.
2 Cet extrait de la déclaration de Simone Veil a été du livre de R. Mika Mfitzsche? Enjeux éthiques de la régulation des naissances en Afrique
3 G. Perol, «Le Caire, le Pape et l’Islam», dans le Figaro Magazine, 10 sept. 1994, p. 11