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Le 2e voyage missionnaire de Saint Paul


Au cours de leur 1er voyage missionnaire, Paul et Barnabé étaient confrontés à un problème épineux : Peut-on devenir chrétien sans d’abord se faire Juif ? Le Concile de Jérusalem décida alors de n’imposer aux pagano-chrétiens aucune autre charge que les exigences dont nous avons fait mention dans l’article précédent, paru dans le N° 983 du 27 février 2009 de l’Hebdomadaire La Croix du Bénin. Après un temps de séjour dans la communauté chrétienne d’Antioche de Syrie, Paul décida d’une nouvelle  mission : «Retournons donc visiter les frères dans chacune des villes où nous avons annoncé la Parole du Seigneur. Nous verrons où ils en sont» (Actes 15, 36).  Mais un différend opposa Paul et Barnabé. Celui-ci voulait emmener avec lui Jean-Marc. Mais Paul s’y opposa et se trouva un nouveau compagnon de mission, Silas.
Paul et Silas prirent la route, traversèrent la Syrie et la Cilicie et atteignirent Lystres. Là, Paul s’adjoignit Timothée qui s’était converti lors de son premier voyage dans cette ville. Paul fit circoncire ce nouveau compagnon dont la mère est juive et le père grec. En Palestine, on est Juif par sa mère. Alors ce nouveau converti, parce que Juif , devrait se conformer aux pratiques juives. Nos missionnaires séjournèrent quelque temps à Lystres où ils évangélisèrent et fortifièrent dans la foi la communauté chrétienne. Dans les communautés qu’il visitait, Paul communiquait les décisions prises à l’Assemblée de Jérusalem.
De Lystres, ils passèrent à Iconium, puis se rendirent à Antioche de Pisidie. Paul et Barnabé avaient fondé dans cette ville une communauté. Et selon son projet, il venait visiter ces chrétiens. On pense que d’Antioche de Pisidie, Paul avait le projet de se rendre à Ephèse à l’ouest, mais l’Esprit le détourna de sa route. Luc nous renseigne que deux fois, l’esprit le détourna de sa route. Paul se rendit donc à Troas sur la côte nord de la mer Egée. au cours d’une nuit, il eut une vision ; un Macédonien lui apparut et le supplia : «Passe en Macédoine, viens à notre secours !» (Actes 16, 9-10). Commentant ce passage le Pape Benoît XVI dit : «c’était la future Europe qui demandait l’aide et la lumière de l’Evangile». De Troas d’Alexandrie, Paul et ses compagnons prirent la mer pour la Macédoine. Quel sens pouvait avoir cet appel ?
Pour  donner un sens chrétien  à  cet appel, il faut d’abord comprendre le pessimisme qui habitait toute l’âme grecque et dont H. D. Saffrey fait ici écho : «… souffrir est la loi des hommes. Les Grecs aspiraient  à une délivrance, c’était le message que véhiculaient les mythes. Pour s’efforcer au bon espoir, les plus pieux avaient inventé les religions à mystères, mais les autres faisaient inscrire sur leurs tombes : «Je n’existais pas, j’ai existé, je n’existe plus : aucune importance». La question existentielle de la destinée de l’homme trouvait écho favorable ou non dans les débats religieux ou philosophiques. Pour l’Apôtre des Nations, le cri du Macédonien était un appel au secours pour trouver un sens à la destinée humaine. Paul, Silas et Timothée ne pouvaient donc plus attendre. Aussitôt, ils embarquèrent de Troas d’Alexandrie à bord d’un voilier et débarquèrent à Néapolis, après une escale d’un jour à Samothrace. A environ 15 Km de Néapolis se trouvait la ville de Philippes.
Philippes était une Rome en miniature qui vivait selon le droit italien. Ville cosmopolite, elle abritait les gens venus de plusieurs régions qui pratiquaient divers cultes religieux. Il y avait à Philippes une communauté juive importante. Paul et Silas allèrent dans leur synagogue et prêchèrent le jour du sabbat. En semaine, ils se rendirent sur l’immense Agora et prêchèrent comme tant d’autres. Beaucoup de Philippiens ou des gens vivant à Philippes venaient là les soirs se renouveler les idées. Deux événements importants devaient marquer le séjour des missionnaires à Philippes : la fondation d’une église domestique puis la persécution déclenchée contre Paul et ses compagnons.
Alors que nos missionnaires s’étaient rendus hors de la ville à la recherche d’un lieu de prière, ils tombèrent sur un groupe de femmes. L’auteur des Actes des Apôtres nous dit : «Nous étant assis, nous parlions avec des femmes qui s’étaient rassemblées. L’une d’elles, nommée Lydie, était une marchande de pourpre originaire de la ville de Thyatire qui adorait déjà Dieu. Elle était tout oreilles; car le Seigneur avait ouvert son cœur pour la rendre attentive aux paroles de Paul» (Actes 16, 13-14). A dessein, le narrateur mentionne le nom de Lydie. Elle reçut le baptême avec toute sa maison. Elle fait figure de chef de famille puisque, selon le témoignage de Luc, son baptême entraîna celui de toute sa maison. Sur les insistances de Lydie, Paul et ses compagnons acceptent son hospitalité. Luc le précise bien : «Puisque vous estimez que je crois au Seigneur, venez loger chez moi. Et elle nous a forcés d’accepter» (Actes 16, 15). Chez elle, Paul fonda la première église domestique. On peut imaginer que dans la maison de Lydie, il y avait une salle commune où les missionnaires se réunissaient pour prêcher et célébrer l’Eucharistie. Cette église restera attachée à ses «pères». Mais un incident devrait précipiter le départ des missionnaires.
A  Philippes  vivait  une  esclave qui avait un don de prophétie. Des Philippiens la consultaient et ses maîtres en tiraient grand profit. Un jour, cette esclave s’adressa aux missionnaires en ces termes : «Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut; ils vous annoncent  la voie du salut» (Actes 16, 17). Pour la faire taire, Paul exorcisa l’esclave. Ces maîtres se virent ainsi privés de leur source de revenus. Ils entamèrent des poursuites contre Paul et ses compagnons sous prétexte qu’ils troublaient l’ordre public. Paul et ses compagnons furent jetés en prison. Les prédicateurs durent beaucoup souffrir de la part des plaignants, des magistrats qui  les soumirent au fouet. Mais ils furent miraculeusement délivrés.  La scène finit par le baptême du gardien de la prison où étaient détenus Paul, Silas, Timothée et Luc. Le calme revenu, nos missionnaires se mirent en route pour la Thessalonique.
Lorsque Paul et ses compagnons y débarquèrent, ils étaient confrontés à un monde dominé par des divinités païennes auxquelles les populations avaient recourt à tout propos. Conformément à sa méthode, Paul s’intéressa d’abord à ses frères de race, les juifs. Trois sabbats de suite, il se rendit dans leur synagogue où il discuta avec eux au sujet des Ecritures. Le sujet principal de sa prédication tournait autour de salut apporté par le Christ. Il affirmait que tous les hommes peuvent être les élus de Dieu. Beaucoup de craignant-Dieu et de grecs et quelques juifs seulement furent convaincus par cet enseignement. Mais les autres juifs, mécontents de cette réussite et surtout choqués d’apprendre que les païens pouvaient accéder directement au salut réservé seulement au peuple élu, provoquèrent des attroupements, troublèrent l’ordre public et rendirent les missionnaires responsables de ce désordre. Jason qui avait hébergé Paul et ses compagnons fut inquiété. Paul et ses compagnons devaient donc partir. Ils quittèrent donc Thessalonique pour Bérée située à environ 75 Km.  Dans cette ville, on trouve beaucoup de juifs. Ils avaient une synagogue. La renommée de Paul comme «fauteur» de trouble l’avait déjà précédé dans cette cité. Toutefois, il annonça le Christ et gagna beaucoup d’auditeurs à sa cause. Il y fonda une communauté chrétienne. Mais les juifs de Thessalonique, apprenant que Paul se trouvait à Bérée, le pourchassèrent. Paul dut s’enfuir de nouveau. A Bérée, il laissa Silas et Timothée. Il s’embarqua pour Athènes.
Le jour du sabbat, Paul se rendit à la synagogue pour prêcher aux Juifs. A l’agora, il prêchait aux Athéniens toujours curieux de pensées nouvelles. Ceux-ci invitèrent Paul devant l’Aréopage pour confronter son savoir à celui des philosophes. Pour Paul, l’occasion était belle. Luc nous a donné le récit de cette prédication. Mais la question de la résurrection des morts provoqua une vive réaction chez les Athéniens qui ne voulurent plus écouter Paul. «Au mot de ‘‘résurrection des morts‘‘, les uns se moquèrent, d’autres déclarèrent: «Nous t’entendrons là-dessus une autre fois» nous rapporte Luc.  L’insuccès essuyé par Paul mit fin à son apostolat dans cette cité intellectuelle. Il se rendit à Corinthe.
A Corinthe où vivaient toutes les races et toutes les conditions sociales, il y avait une colonie juive. A son arrivée, Paul s’installa comme ouvrier tisserand chez deux juifs du même métier. Après l’échec d’Athènes, il va radicalement abandonner l’argument philosophique pour axer sa prédication sur la pointe de son message : la croix du Christ. Chaque sabbat, il prêchait à la synagogue. La méfiance et le mécontentement de ses frères de race n’allaient pas tarder. Notre missionnaire décida de partir à nouveau pour une autre ville, mais réconforté par le Christ dans une vision nocturne, il se consacra exclusivement au ministère de la parole laissant à ses compagnons le soin de baptiser. Au bout de 18 mois d’apostolat à Corinthe, les juifs incrédules montèrent un complot contre Paul. Le nouveau proconsul Gallion conclut qu’il s’agissait d’une simple querelle religieuse entre juifs. Il resta encore quelques jours à Corinthe avant de s’embarquer pour Antioche d’où il était parti.

 

Luc Quenum, p.s.s.