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Mgr Isidore deSouza

Cardinal Gantin, un an déjà

Qu’ils croissent et que je diminue
Un an après son départ de ce monde pour la maison du Père, le Cardinal Bernardin Gantin continue d’être présent dans le cœur des hommes et femmes qui l’ont connus, en particulier, dans celui des enfants qu’il aime au-delà de tout.
Guy Dossou-Yovo

« Au Pape, j’ai demandé trois choses. Le repos : je vais prendre le temps pour dormir ; car c’est dans le sommeil que Dieu nous visite, que sa paix nous visite. La prière : je vais prier, beaucoup plus et mieux avec mon peuple qui est un peuple de croyants. Mais je vais surtout prier pour mon pays le Bénin. L’écoute : je vais être à l’écoute de mon peuple et de l’Eglise ; je vais plaider pour l’unité, car c’est le moment».
Rappelant cette demande dans son mot de remerciement à la messe d’action de grâce qu’il a présidée le samedi 7 décembre 2002 trois jours après son retour définitif de Rome, en la basilique de Ouidah, le Cardinal Gantin livre ainsi, quel va être son programme de vie une fois revenu sur sa terre natale. Et le vœu du vénéré pape Jean-Paul II pour le Cardinal,  dans sa lettre d’acceptation de sa démission  est clair : «… vous pourrez regagner le Bénin, où je vous souhaite de pouvoir encore faire beaucoup de bien au service du Règne de Dieu». Cela, il l’a essayé de mille manières, depuis son retour au bercail jusqu’à sa mort le 13 mai 2008. En témoignent ces différentes interventions et actions en faveur de la paix, de l’unité et de la quiétude des populations.
Aux premières heures du mandat du président Yayi Boni, en 2006, lors de la messe que le Cardinal a présidée aux intentions du nouveau président de la République, Chef du  gouvernement,  à la paroisse Saint Jean de Cotonou il a emprunté à Jean-Baptiste une affirmation qu’il a appliquée à toute la nation : «Qu’ils croissent et que je diminue».  Ce fut un message en direction de toute la classe politique béninoise afin qu’elle sache placer l’intérêt de la nation au-dessus de ses propres volontés. Mais en fait, après s’être donné à l’Eglise universelle, c’est à toutes les catégories sociales que s’adressait ainsi celui qui s’est totalement donné à son pays durant ses derniers jours au milieu de nous, durant le temps qui était supposé être sa retraite. Il s’est donné à tous et ce qu’on ne sait pas beaucoup il avait une discrète proximité avec les enfants. Ceux de l’école maternelle et primaire, «Les Hibiscus» sise au quartier Jak, dans la rue de son domicile à Akpakpa, Cotonou se rappellent encore de lui.
«Le Cardinal Gantin aime beaucoup, nous, les enfants. Il nous donne assez de conseils pour notre vie. C’est un grand homme. Si nous suivons ce qu’il nous dit, nous pouvons être demain, nous aussi, de grandes personnalités». Témoignage de Aurel Ahouandjnou, 10 ans, élève à l’école «Les Hibiscus», à Cotonou, le mardi 5 mai 2009. Ils sont unanimes à reconnaître et saluer l’attachement de ce prélat à leurs personnes. Il aimait aller les saluer et célébrer l’eucharistie avec eux. Ce fut le cas de la matinée qu’il a partagée  avec les 230 enfants de cette école en 2001. A cette occasion,  le cœur du Cardinal s’est laissé toucher par les enfants: «… Nous vous demandons, éminence, de prier pour nous qui ne sommes pas toujours gentils. Priez pour nos dadas, notre mémé, nos maîtresses et maîtres, notre directrice ;  que Dieu leur accorde beaucoup de santé, de patience et d’amour». Et les enfants ajoutent: «Maintenant qu’on vous connaît et qu’on vous a vu de nos propres yeux, nous promettons de prier souvent pour vous».
Huit ans après, les enfants se souviennent  toujours de lui et de la plupart des conseils qu’il leur a prodigué. «Débarrassez-vous de toutes vos mauvaises habitudes. Ne volez pas, ne trichez pas en classe, ne mentez pas à vos éducateurs ni à vos parents à la maison. Aimez-vous les uns les autres». Son attachement profond pour les enfants fait dire à la directrice de l’école «Les Hibiscus», Mme Rosine Sogbossi : «Les enfants ! C’est le souci majeur du Cardinal. Pour lui, s’occuper des enfants,  les aider à évoluer dans la vie…  c’est le plus beau métier de la terre. Avant de nous quitter, ce jour où il a dit la messe pour nous, il a tenu à signer et bénir chacun des huit enfants handicapés du groupe. Et à chaque fois, il dit: c’est beau, c’est beau». Un enfant, à cette occasion, a voulu savoir pourquoi le Cardinal ne veut pas devenir Pape. Il lui répond: «Moi, je suis déjà trop vieux. Mais c’est peut-être toi qui demain, sera Pape». Une manière de traduire en images d’enfants : «qu’ils croissent et que je diminue». Accepter de passer, espérer que les autres croissent et y contribuer, telle est la compréhension de la vie pour un disciple du Christ.
Se rappelant ces moments forts vécus avec le Cardinal, les enfants   contemplent aujourd’hui, un an après sa mort, la simplicité et le bon cœur de ce grand personnage. «C’est un homme bon, respectable et respecté qui a beaucoup lutté pour que Dieu soit reconnu, aimé  et adoré de par le monde». Propos d’enfants, mais chargés de message  d’admiration, de dignité  et de révérence pour la vie du  Cardinal que nous ne pouvons oublier. Vivre simplement au milieu des siens...  Autant de valeurs vécues par le Cardinal et qui méritent aujourd’hui d’être transmises à nous tous et surtout à la génération future, à celle que constituent les enfants, les jeunes et tous ceux et celles qui épousent les mêmes convictions et acceptent de se mettre au service du développement de leur pays.  
Les   diverses manifestations prévues pour la célébration du premier anniversaire de son décès, en particulier l’institution du Grand Prix international Cardinal Gantin par le président de la République sont certainement la preuve d’une reconnaissance nationale bien méritée pour  un de  ses dignes fils,  le Cardinal   Bernardin Gantin qui, à son retour définitif au pays déclare à l’aéroport de Cotonou qui porte aujourd’hui son nom: «Je voudrais que les jeunes  générations qui apprennent l’histoire, sachent que je ne suis pas le seul qui le premier a essayé de représenter notre pays un peu partout dans le monde ; qu’ils sachent que partout où je suis passé, je me suis toujours dit avec mon pays à mes côtés : «ton pied, mon pied» et c’est ce que j’ai essayé de faire,  de porter dans la mesure du possible malgré mes insuffisances, malgré ma santé qui a défailli : c’est ce que j’ai essayé de faire jusqu’à ce jour».