JéSUS-EUCHARISTIE:
Prenez et Mangez
Abbé Marc Dossou
Depuis l’institution de l’Eucharistie,le jeudi-saint, l’Eglise catholique a reçu l’ordre de faire mémoire du Christ dans la célébration du grand mystère au cours duquel les participants mangent le corps du Christ et boivent son sang. Jésus qui s’est fait Eucharistie est exalté dans le Saint-Sacrement dont la solennité appelée Fête-Dieu, est célébrée le dimanche après la Sainte Trinité.
La fête du Corps du Christ, célébrée le dimanche après la Sainte Trinité est celle de l’Eucharistie ou de la Fête-Dieu. Elle honore un sacrement dont nous disons qu’il est le sacrement des sacrements, le Saint-Sacrement, celui auquel conduisent tous les autres, celui qui soude l’Eglise, lui donne son unité en faisant d’elle le Corps du Christ. Il est le sacrement le plus précieux parce qu’il est celui de l’unité en même temps que celui de l’amour. Il est le Saint Sacrifice parce qu’il actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur, achève et dépasse tous les sacrifices de l’Ancien Testament. Il est la Sainte et Divine Liturgie parce que toute la liturgie de l’Eglise trouve son centre et son expression la plus dense dans sa célébration. Il est Communion parce qu’elle unit les hommes au Christ. Il est Repas du Seigneur parce qu’il est la nourriture que le Seigneur a prise avec ses disciples la veille de sa passion. Il est Eucharistie parce qu’elle constitue une action de grâce au Père. Cette action de grâce prend son origine dans le dernier repas de Jésus en compagnie de ses Apôtres avant sa passion-mort-résurrection. Il importe de remonter au récit fondateur.
Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu’au bout. Sachant que l’heure était venue de quitter ce monde pour aller à son Père, au cours d’un repas, il lava les pieds à ses disciples et leur donna le commandement de l’amour. Et pour leur laisser un gage de cet amour, il institua l’Eucharistie comme mémorial de sa mort et de sa résurrection. Il s’y donne lui-même en nourriture. «Je suis le pain descendu du ciel, dit-il à ses apôtres, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, vous n’aurez pas la vie en vous» (Jn 6,51.53). Ces paroles étaient choquantes. Certains disciples ne les supportèrent pas. Même les douze étaient désemparés. Et voici qu’au cours du dernier repas, le Christ affirme clairement, en rompant le pain : Ceci est mon Corps… Prenez et mangez ! Et bénissant la coupe, il dit: Ceci est mon Sang… Prenez et buvez ! (Mc 14,22.24).
En effet, sur l’autel de la croix, Le Christ a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui ; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés. Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les espèces du pain et du vin.
Banquet précieux et stupéfiant qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on nous propose plus que dans l’ancienne Loi, de manger non plus la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement? Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés véniels, accroît les vertus et comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels ! Il est offert dans l’Eglise pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source; et on y célèbre la mémoire de cet amour insoupçonnable que le Christ a montré dans sa passion. Celui qui nous a créés, rachetés par ses souffrances, s’est offert à nous en nourriture. Il s’est fait Repas du Seigneur, où Dieu fait alliance avec les invités, alliance qui rappelle celle de l’Ancien Testament, mais s’adresse d’une manière nouvelle et définitive à tous les hommes. Il est évident que cette alliance, engage à la fois Dieu et l’homme. Dieu en donnant la vie, se donne lui-même. L’homme s’engage à devenir au milieu des hommes un tabernacle vivant. St Paul ajoute d’ailleurs que celui qui participe à ce repas sans vouloir respecter l’alliance, mange et boit sa propre condamnation.
Sommet de la vie sacramentelle, ce repas permet au chrétien de s’unir à l’offrande du Christ, par lui, avec lui et en lui pour louer le Père dans l’unité du St Esprit ; il édifie l’Eglise Corps ecclésial de Ressuscité afin que Dieu soit tout en tous.
La communion à ce repas sacrificiel est participation à la résurrection de Jésus. Il n’y a donc aucune trace de repas cannibale comme le supposent certains critiques. A vrai dire, cette nourriture qui vivifie l’homme, seul aliment qui donne la vie divine est la Parole faite chair. Les deux parties principales de la liturgie, celles de la Parole et celle du Pain, se renvoient l’une à l’autre. La Parole s’accomplit dans l’offrande et l’offrande s’explique par la Parole. En communiant, le fidèle reçoit la Parole vivante avec le dynamisme de son verbe. Ainsi l’Eucharistie ne sera-t-elle jamais achevée tant que l’homme ne sera pas devenu lui-même Eucharistie, unis à jamais au Christ. «Devenez ce que vous recevez, nous demande St Augustin, et c’est ce que renferme la formule de renvoi à la fin de la messe : Allez dans la paix du Christ», comme pour dire, allez vous montrez au monde de ce que vous êtes devenus en participant à l’Eucharistie, en recevant le Corps du Christ. Le fidèle chrétien reçoit quotidiennement un nouvel élan qui lui permet de se maintenir spirituellement, de pouvoir réconforter ceux qui souffrent et de porter la paix au monde.